Saint Arnoux de Gap

Publié le par AS

La vie de saint Arnoux est connue grâce à deux vies latines du Moyen Âge et à quelques chartes : l’une a été écrite à Gap dans la seconde moitié du XIIe siècle ; l’autre dans la région de Vendôme, d’où Arnoux est originaire, vraisemblablement au XIIIe siècle. Une petite centaine d’années sépare donc les premiers écrits hagiographiques de la mort du saint ; ce qui explique que certains aspects de sa « biographie » demeurent quelque peu incertains.

Vitrail représentant saint Arnoux

Saint Arnoux est né au château de Vendôme, qui dépendait alors du diocèse de Chartres, durant la première moitié du XIe siècle. Les vies attestent qu’il était d’extraction noble et son prénom apparaît effectivement parmi le stock onomastique de deux des lignages issus des gardiens du château de Vendôme en l’an Mil. Les chartes ne permettent malheureusement pas d’établir de preuve formelle d’affiliation. À l’époque de l’abbé Oderic (1046-1082), Arnoux était devenu moine à l’abbaye de La Sainte Trinité de Vendôme ; il pourrait donc y avoir reçu éducation et instruction. Ayant accompagné son abbé lors d’un voyage à Rome, sans doute pour demander la confirmation de l’exemption du monastère [c’est-à-dire son rattachement direct au Siège Apostolique] obtenue le 8 mai 1063, il fut remarqué par le pape Alexandre II (1061-1073) qui le retint auprès de lui. On ne peut néanmoins en faire un moine de l’église cardinalice de Sainte-Prisque sur l’Aventin, comme le voudraient les vitae, car cette dernière ne fut conférée à l’abbaye de Vendôme que le 1er juillet 1066.

La confiance que le pontife témoigna à Arnoux l’amena rapidement à lui conférer l’épiscopat. L’Église de Gap connaissait, en effet, depuis plusieurs années une crise grave à cause de l’intrusion de Ripert, un membre de la grande famille des Mévouillon, sur le siège épiscopal. Cet évêque simoniaque et nicolaïte notoire - il trafiquait des biens d’Église et avait femme et enfants - avait été déposé par la papauté. Alexandre II avait même lancé l’interdit sur le diocèse, mais en vain. Une délégation gapençaise vint demander au pape de lever sa sanction et de fournir au diocèse un évêque plus digne. Arnoux fut choisi à cet effet, avec l’assentiment du clergé et du peuple, vers 1064 ; le 5 avril 1066, il participait déjà comme évêque de Gap au concile réformateur d’Avignon tenu par le légat Hugues Blanc.

Son œuvre épiscopale reste malheureusement en grande partie inconnue et les quelques miracles contenus dans les deux vies (guérisons d’un aveugle ou d’un homme tombé d’un échafaudage lors de la consécration de l’église de Valernes…) ne permettent guère de la saisir. Il fut néanmoins l’un de ces évêques étrangers à la région qui participa à l’implantation de la « réforme grégorienne » dans le Sud de la France, aux côtés de l’évêque Géraud à Sisteron, puis du célèbre Hugues à Die. Il témoigne du lancement d’une politique réformatrice de longue haleine de la part du Siège de Pierre visant à lutter contre le poids de la parenté aristocratique dans les accessions épiscopales et contre la simonie qui en était la conséquence directe. En tant qu’évêque et tout en conservant une intense vie de prière, il s’opposa aux mauvais chevaliers, persécuteurs des clercs, appliquant ainsi la législation des institutions de paix ; il promut la vie monastique, favorisant l’implantation du prieuré clunisien de Saint-André de Gap, et demeura fidèlement attaché à Rome.

Arnoux mourut à une date incertaine, située entre 1074 et 1079 ; il fut enterré en l’église Saint-Jean-le-Rond, sans avoir nullement été « un martyr de la réforme de l’Église ». Sa mutilation au bras relève d’une amplification hagiographique apparue avec la vie vendômoise tardive ; la vie gapençaise antérieure en donne d’ailleurs la clef. Devant les nombreux miracles apparus sur la tombe d’Arnoux, trente ans après sa mort, on décida de placer son corps dans un lieu plus digne et plus éminent. L’évêque du temps, Armand, pieux par la vie et moine par l’habit, vint avec dévotion jusqu’à la tombe avec son clergé et ordonna que soit enlevée la pierre du sépulcre. « Après avoir prié et après que de la lumière ait été apportée dans le monument, il trouva le corps intact et le vêtement sans corruption. Cela fut montré manifestement à tous ceux qui y assistaient alors et, en vue de faire connaître la vérité, un bras fut séparé du saint corps et conservé en dehors du sépulcre pour que les générations à venir en gardassent mémoire. » Le bras droit de saint Arnoux ne fut donc pas mutilé par un odieux persécuteur de l’Église, mais simplement séparé du corps pour servir de relique en vue de témoigner du miracle de sa parfaite conservation lors de la translation dans la cathédrale. Au début du XIIIe siècle, la main droite bénissante de saint Arnoux était devenue l’emblème original du diocèse.

Éclipsant la sinistre réputation de Ripert le simoniaque, saint Arnoux rappelait à tous que des liens précoces et étroits avaient été tissés entre Rome et l’Église de Gap en vue de la réforme. En 1290, des indulgences furent même accordées par la papauté à tous ceux qui visiteraient la cathédrale en la fête de saint Arnoux (19 septembre) ou durant son octave. Son culte resta toutefois limité à l’espace régional, depuis les Alpes jusqu’à la Méditerranée. Après la fin du Moyen Âge, l’édition de la vie vendômoise par Mabillon en 1701, puis l’activité inlassable de Monseigneur J.-I. Dépéry au milieu du XIXe siècle permirent de relancer la dévotion des fidèles à son endroit. Saint Arnoux demeure encore aujourd’hui l’un des patrons de l’Église de Gap.

                                           Jean-Hervé Foulon
                                           Université de Provence

Publié dans Actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article