Un témoignage sur les JMJ de Sydney

Publié le par AS

Les JMJ à Sydney ont été d’abord pour les jeunes pèlerins une expérience de conversion. En effet, « se convertir », cela signifie : « effectuer un retournement complet ». C’est bien ce que nous avons vécu, très concrètement, en nous rendant de l’autre côté de la planète : se retrouver en saison hivernale, voir le soleil se coucher à 17h en plein mois de juillet, et tant d’autres changements qui ont été comme autant de paraboles des retournements intérieurs que les jeunes ont pu vivre.



Cette conversion a été facilitée par d’autres changements encore : pendant plus de vingt jours, nos jeunes n’ont pas regardé la télévision. Pas non plus - ou si peu - d’internet, pas non plus de communication par téléphones portables : une vraie conversion du quotidien, qui montre que l’on peut vivre sans télé ou sans internet, mais surtout une conversion qui a permis d’aller creuser d’autres choses dans la vie de nos jeunes. Moins de temps devant la télé ou internet, ça veut dire plus de temps pour discuter avec les autres sur des sujets importants, et plus de temps pour Dieu.

Il y a fort à croire que les jeunes Jmjistes parviendront à en tirer des principes importants et exigeants pour leur vie quotidienne ; n’est-il pas en effet paradoxal de dire : « je n’ai pas de temps pour prier », alors qu’on passe deux heures devant la télé et trois sur msn ?  Il y a seulement des choix à faire, et ces JMJ pourront à coup sûr aider les jeunes pèlerins à faire des choix essentiels pour le Christ et pour les autres.

Parmi les changements et conversions, l’absence de confort a aussi été marquante. Dormir sur le sol d’un gymnase, se doucher quand c’est possible et dehors, manger assis par terre et souvent la même chose, ont été autant d’expériences d’un dépouillement qui fait du bien, même si sur le moment, on n’en est pas forcément convaincu. Mais ça fait réellement du bien parce que notre confort moderne peut nous endormir, nous anesthésier et nous empêcher de discerner le véritable essentiel, trop préoccupés que nous sommes par notre bien-être et notre souci de nous divertir.

Alors, nos jeunes jmjistes ont pu rentrer avec une perception plus vive de l’essentiel. Ils sont certainement heureux d’avoir retrouvé un lit douillet, une douche chaude et la table familiale, mais ils gardent certainement dans leur coeur le souci de l’essentiel, à l’image de la parabole du semeur où le Christ nous enseigne que les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole de Dieu ; dans les Hautes-Alpes, il y a désormais des dizaines de jeunes qui ne vont pas laisser la Parole de Dieu être étouffée par le confort du monde ! Bien sûr, ça sera difficile quand l’enthousiasme des JMJ sera retombé ; mais quand on a découvert un trésor, on ne l’enfouit pas de nouveau dans la terre !

Cette expérience de l’essentiel s’est particulièrement vécue aussi dans la célébration quotidienne de la Messe. Certains jeunes ont fait la moue avant le départ pour l’Australie en voyant cette priorité clairement affichée dans notre programme : la messe tous les jours ! Et voilà qu’en fin de séjour, quand nous nous sommes retrouvés devant l’impossibilité matérielle de célébrer un jour la messe, les jeunes ont été déçus… expérience très concrète que, lorsque l’on a goûté à la Nourriture essentielle qu’est le Christ, on ne peut plus s’en passer.

Est-ce à dire que ces jeunes vont tous venir chaque dimanche à la messe ? Sans doute pas, mais pourquoi pas ? Ce qui est certain, c’est qu’ils se sont tous ouverts à la Présence du Christ dans l’Eucharistie, comme l’expérience de temps d’Adoration l’a aussi montré de manière formidable ; beaucoup ont découvert la respiration indispensable de nos âmes qu’apporte la prière, d’autres ont perçu ce que c’était réellement que « prier ». Ils ont expérimenté des modalités de prières qui leur étaient parfois inconnues : la prière d’Adoration, mais aussi celle du chapelet, du chemin de croix, de la marche de pèlerinage, des Laudes,…Une prière qui unit intimement au Seigneur, mais aussi une prière ouverte sur les autres, comme nous l’avons particulièrement vécu en portant les intentions que nous avaient confiées beaucoup de paroissiens du diocèse. En retour, si ces JMJ ont tant apporté à nos jeunes, c’est certainement parce que nous avons été portés par les prières de tant de personnes restées en France. Les jeunes ont ainsi fait une véritable expérience de Communion dans la prière.

De cette Communion, notre Saint-Père est évidemment le signe visible et le garant. Sa présence aux JMJ nous a permis de vivre concrètement l’unité de l’Eglise répandue à travers le monde ; Sa présence aussi comme enseignant, soucieux de guider les jeunes vers le Christ par des enseignements très nourrissants que nous ont également offerts nos évêques, lors des journées de catéchèses. La présence de notre Evêque, Monseigneur di Falco, qui a fait le voyage avec nous, a aussi permis à nos jeunes de mieux le connaître, d’échanger avec lui ; de son côté, notre Evêque a confié avoir apprécié cette proximité avec les jeunes et ces occasions offertes pour discuter de choses essentielles.

Réunis auprès des jeunes, le Pape et les évêques ont ainsi manifesté le souci de l’Eglise envers la jeunesse, dans l’espoir que cette attention pourra se poursuivre dans nos paroisses. Il est clair qu’ils ne pourront pas consacrer autant de temps à la vie paroissiale que des personnes retraitées ; mais sans doute devons-nous encore bousculer nos structures paroissiales pour plus de spontanéité et d’accueil de la nouveauté à travers nos jeunes.

Plus encore : sans doute faut-il ouvrir nos notions-mêmes de paroisses à la nouvelle réalité du monde et de sortir de nos structures territoriales bien déterminées pour entrer davantage dans des structures d’amitié. Les JMJ ont été pour nos jeunes une véritable expérience de communauté, et c’est peut-être la première chose qu’ils vont garder de ce pèlerinage. Nous avons vécu tant de moments forts ensemble, en communion, en amitié les uns avec les autres. Nos jeunes ont soif de cette Communion et de cette amitié, et il n’est pas si évident qu’ils les retrouvent spontanément dans nos vies paroissiales. Alors, cherchons tous davantage à faire de nos communautés chrétiennes de vrais lieux d’amitié, en bannissant les malveillances et les indifférences.

Acceptons aussi que nous pouvons difficilement demander aux jeunes d’aller à la messe forcément sur leur paroisse, là où ils se retrouveront le ou la seule jeune de l’assemblée. Pour entretenir ce qu’ils ont reçu et ne pas tomber dans l’anonymat d’une pratique religieuse, sans doute faut-il encourager nos jeunes à se donner des rendez-vous dominicaux comme ils le feraient pour aller au cinéma. Pourquoi ne pas se dire : « dimanche prochain, nous nous retrouvons ensemble pour aller à la messe à tel endroit », même si ce n’est pas une messe de jeunes ? Les chants ne leur conviendront peut-être pas, l’homélie ne va pas forcément répondre à leur attente ; mais ils y seront ensemble, soutenus par leur amitié et la joie de se retrouver. Les jeunes doivent se donner les moyens d’entretenir ce qu’ils ont découvert, pour ne pas perdre ce que l’Esprit-Saint leur a si généreusement donné en ces jours ; il ne s’agit pas d’un repli sur un groupe confortable, mais la recherche des modalités permettant de ne pas dissoudre la force reçue aux JMJ, afin d’y puiser un élan toujours renouvelé pour prendre une part active dans l’Eglise et dans le monde.

Cette part active passe aussi assurément par un témoignage sur la joie de croire. Ce témoignage de joie est sans doute ce qui aura le plus touché la population australienne, et jusque dans notre avion de retour : voir des jeunes chrétiens faire une bataille de polochons avec les stewarts de l’avion, c’est déjà un témoignage de foi. Une foi bien dans ses baskets, une foi qui n’est pas coincée, qui ne donne pas une mine défaite…une foi qui rend heureux. Beaucoup de jeunes ont pu faire cette découverte que la foi rend heureux, alors qu’on leur présente souvent la vie de croyants comme le contraire. Alors, à nous tous, les jeunes jmjistes peuvent apporter un supplément de joie, dans une foi décomplexée, fière, qui ose s’affirmer et qui n’a pas peur des détracteurs.

Il serait sans doute possible de s’étendre encore longtemps sur ce que ces JMJ ont apporté à nos jeunes ; sans compter tout ce qui ne peut pas être dit, et qui est sans doute le plus essentiel. L’expérience de l’indicible, l’expérience du travail discret que l’Esprit-Saint réalise dans les cœurs, comme la découverte ou la redécouverte du Sacrement de la Confession l’a montré à beaucoup de nos jeunes. Sans compter non plus tout ce que nous n’avons pas encore découvert et qui pourra germer avec le temps, à la condition bien entendu que nos jeunes acceptent que leur vie ne soit plus comme avant.

Mais pour cela, ils vont encore avoir besoin du soutien de notre prière : les sollicitations du monde sont nombreuses. Nos jeunes sont revenus forts, de cette force de l’Esprit que le Christ avait promise ; mais d’une force qui n’empêche pas la confrontation à nos faiblesses, à notre quotidien, à des milieux de vies et d’amitié qui ne sont pas toujours porteurs pour leur foi.

Alors, si leurs milieux ne sont pas porteurs, c’est à nos prières de l’être, porteuses. C’est à nous tous d’accompagner la foi des jeunes tout en étant assez disponibles et assez humbles pour accepter de recevoir aussi de ces jeunes ce qu’ils ont à nous apporter. Réellement, au cours de ces JMJ, la promesse du Christ s’est accomplie, cette promesse qui était le thème de ces 23e journées mondiales de la jeunesse : « vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui descendra sur vous ; alors, vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre ». La promesse est s’accomplie dans l’événement extraordinaire des JMJ ; elle doit désormais se vivre dans l’ordinaire du quotidien  !

                                  Père Ludovic Frère
                                  Curé de Saint-Roch à Gap
                                  Organisateur des JMJ 2008

Pour visualiser l'album photo des JMJ 2008 du diocèse de Gap,
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jéré 04/10/2008 15:38

puissions-nous donner autant que ce que nous recevons chaque jour!

Mafokoua Eugénie 03/09/2008 17:56

Témoignage poignant, et je voudrai le confirmer,la foi rend heureux. Puisse l'Esprit-Saint continuer sur ces jeunes l'oeuvre si bien commencée.