Homélie - Fête des Rameaux à Gap

Publié le par AS

Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco le 20 mars 2005 à la Cathédrale de Gap, le dimanche des Rameaux. Cette journée est traditionnellement consacrée aux jeunes, dans tous les diocèses du monde. Rassemblés pour le WE au Foyer Saint-Louis, les jeunes du diocèse de Gap étaient particulièrement nombreux lors de la messe.

 

Regardez-nous !

Regardons-nous ! Rameaux à la main !

Comme les habitants de Jérusalem nous avons accueilli le Christ. Comme eux nous avons crié : « Hosanna au fils de David ». Nous serions prêts, à leur exemple, à enlever nos vêtements les plus précieux pour les placer sous ses pieds.

 

Ces rameaux nous allons les emporter. Arrivés chez nous, nous retirerons ceux de l’année dernière accrochés au crucifix de notre chambre, pour placer ceux de cette année qui sont plus frais. Sans doute oublierons-nous vite ce qu’ils symbolisent, nous ne les remarquerons même plus jusqu’à l’année prochaine. En tout cas ils sont là, on ne sait jamais, si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal… Et puis ça peut porter bonheur !

 

Non ! Ces rameaux ne sont pas des grigris.

Comme les habitants de Jérusalem, dans quelques heures, dans quelques jours, nous crierons, non pas par des mots, mais par ce que nous sommes : « A mort, qu’il soit crucifié ». Que de fois dans notre vie nous recrucifions le Christ, nous crucifions l’amour ?

 

Ne jugeons pas trop vite les gens de Jérusalem. Les juger, c’est nous juger nous-mêmes, les condamner c’est nous condamner nous-mêmes. Nous sommes bien faits de la même pâte qu’eux, habités par le même instinct grégaire, nous choisissons le sens du vent. Le Christ nous dit : «Avance au large » C’est vrai, mais il ne dit pas « va dans le sens du vent, laisse-toi emporter par le courant ».

 

Vraiment, ce matin, c’est le jour de reconnaître que le sel s’est passablement affadi depuis les premiers chrétiens prêts à donner leur vie et à souffrir le martyre pour le Christ. Souvenons-nous que le Christ a dit : « Si le sel s’affadit avec quoi le salera t-on ? »

Nous vivons aujourd’hui notre foi de manière standardisée, tranquille, relax, pas trop dérangeante. Nous sommes un peu comme ces animaux sauvages, vivant un semblant de liberté, dans un parc aménagé à leur intention, qui sortent à heure dite lorsque le soigneur vient leur apporter à manger. Ensuite il ne leur reste plus qu’à faire une bonne sieste pour digérer et attendre le prochain repas.

 

Que de fois il nous arrive de nous comporter ainsi vis-à-vis de l’eucharistie. 

 

Lorsque nous mangeons, c’est pour reprendre des forces afin d’être plus efficaces dans notre travail, dans notre vie quotidienne. Il devrait en être de même pour l’eucharistie. Quand nous la recevons c’est pour refaire nos forces spirituelles pas seulement pour nous mais aussi pour les autres.

 

A quoi bon recharger une batterie si ce n’est pas pour diffuser de la lumière ?

A quoi bon venir puiser à la source de l’amour si ce n’est pas pour donner de l’amour ?

A quoi bon recevoir le pardon si ce n’est pas pour pardonner à notre tour ?

 

Bien entendu, ce que je viens de dire de manière un peu provocante, je le reconnais, ne concerne aucun de nous ici… Encore que ? Mais passons…

 

Vous les jeunes qui êtes ici présents ce matin si vous saviez l’espérance que moi, votre évêque, je mets en vous ! Dans dix ans, dans vingt ans, dans quarante ans, il y aura des hommes et des femmes qui revivront ce que nous vivons ensemble aujourd’hui si vous les jeunes avez fait le choix de prendre le Christ pour modèle, fait le choix de le suivre, fait le choix de l’aimer comme lui vous aime, fait le choix de vous engager à sa suite pour la révolution. Oui la révolution, je sais que ce mot chatouille les oreilles des adultes, mais c’est bien de révolution qu’il s’agit, celle de l’amour. Pourquoi ne pas reconnaître que cette révolution à laquelle le Christ nous invite à sa suite, nous l’avons jusqu’à ce jour en partie perdue ?

 

Pourquoi tant de jeunes désespèrent ?

Parce qu’ils croient n’être pas assez aimés par leurs parents, leurs amis, Dieu. Certains croient pouvoir apaiser leur souffrance dans la drogue, l’alcool, en s’éclatant comme ils disent. Puis lorsqu’ils comprennent que tous ces expédients sont des leurres, leur douleur devient tellement insoutenable que certains pensent que seule la mort peut y mettre fin.

 

- Vous les jeunes, vous voulez vivre dans un monde de paix et vous avez raison, le Christ aussi.

- Vous les jeunes, vous voulez plus de justice et vous avez raison, le Christ aussi.

- Vous les jeunes, vous voulez que des espaces, des temps, des lieux vous soient offerts pour que vous puissiez mieux connaître le Christ et l’adorer et vous avez raison le Christ lui-même vient à votre rencontre.

- Vous les jeunes, vous voulez que nous les adultes, encroûtés que nous sommes dans nos habitudes, nous retrouvions le sens du partage et de la joie de vivre et vous avez raison, le Christ aussi.

- Vous les jeunes, vous aimez rire, vous amuser, profiter de tout ce que la jeunesse permet et vous avez raison, c’est aussi ce que le Christ veut pour vous.

- Vous les jeunes, vous voulez qu’il n’y ait plus de différences entre les blancs, les noirs, les jaunes, et vous avez raison, le Christ aussi.

- Vous les jeunes, vous voulez que l’on respecte cette terre sur laquelle nous ne sommes que de passage et vous avez raison, le Christ aussi.

- Vous les jeunes, vous voulez avoir votre place dans l’Eglise sans attendre demain et vous avez raison, le Christ aussi.

- Vous les jeunes, trouvez que l’Eglise et nos communautés sont vieillottes et souvent vous avez raison.

- Vous les jeunes, vous ne voulez pas d’abord gagner beaucoup d’argent mais vous voulez avoir le temps de vivre et d’aimer et vous avez raison.

- Vous les jeunes, vous voulez avoir à vos côtés des témoins du Christ, qui vous montrent le chemin plus par ce qu’ils sont que par ce qu’ils disent et vous avez raison, le Christ aussi.

- Vous les jeunes, vous êtes prêts à vous engager dans de grands projets qui nous sortent de notre mesquinerie et vous avez raison, le Christ aussi.

 

Si vous désirez tout cela, n’attendez pas que d’autres l’entreprennent à votre place. Le Christ a besoin de vous, de votre énergie, de votre dynamisme, de votre enthousiasme. Il a besoin de vos bras, de vos mains, de votre regard, de votre cœur, de votre âme.

 

Ce matin, je vous le demande, n’ayez pas honte, n’ayez pas honte d’être chrétiens, n’ayez pas honte de votre foi. N’ayez pas honte de dire que vous aimez le Christ et que vous voulez suivre son exemple. N’ayez pas honte !

Si on ne se moque jamais de vous, à cause du Christ, cela veut dire que la place que vous lui donnez dans votre vie est digne d’une peau de chagrin.

Nous ne sommes plus au temps des catacombes lorsque les chrétiens devaient se cacher pour se réunir et prier. Vivez votre foi au grand jour dans le respect de ceux qui ne pensent pas comme vous. Ne soyez pas des chrétiens « Man power » des chrétiens par intérim !

 

Cette semaine, nous passons de la peine à la joie. Nous sommes compatissants devant le Christ à Gethsémani et le condamné disloqué du calvaire. En revanche, nous partageons la joie du Sauveur, donnant au monde l'Eucharistie. En fait, cette semaine est à l'image du monde dans lequel le bien et le mal coexistent et où la joie et la souffrance sem­blent inséparables.

Cette semaine donne, néanmoins, un sens à cette ambivalence. Le monde est imparfait, inachevé et détraqué par le péché de l'homme. La souffrance, qui pourtant est le mal à fuir et à combattre de toutes ses forces, permet à Dieu de faire émerger des fils de l'éternité. On ne fabrique pas des fils de Dieu avec des invertébrés, avachis sur un canapé et regardant la télévision !

Depuis son baptême, le chrétien sait qu’un de ces jours, il rencontrera la Croix et son mystère. Il pourra essayer de « l'évacuer» ou s'ingénier à la faire disparaître, il trouvera sur sa route ces deux poutres rugueuses.

 

« Père, pourquoi m'as-tu abandonné? » Dans toute la Passion du Christ, y a-t-il un cri plus déchirant? C'est le cri de dou­leur de celui qui appelle au secours. C'est l’appel pathétique du désespoir devant le silence du Père.

Le Christ rejoint la cohorte des torturés, de tous les temps.

 

La croix s'accompagne souvent d'un sentiment de solitude, voire d'abandon. Le Christ fut abandonné par les premiers commu­niants, ses Apôtres. Face à la Croix, nous vivons souvent avec un sentiment total d'incompréhension. Elle est imméritée. Le Christ, avait-il mérité un seul coup de fouet ? À qui avait-il fait du tort ? Avait-il été violent ?

 

Jésus n'est pas mort pour «apaiser le courroux du Père », comme le chante stupidement le Minuit Chrétien. Le Père n'est pas un Dieu sado-masochiste se réjouissant du sang des sacri­fices. Il n'est pas un comptable, demandant à son Fils de payer la facture des péchés des hommes. Jésus est mort pour témoi­gner jusqu'au bout de sa volonté de sauver le monde en l'arrachant à tout ce qui l’empêche de se tourner vers l'essentiel: Dieu. Il a refusé le pouvoir et s'est fait serviteur.

Son triomphe aux Rameaux est bien modeste, il est monté sur un ânon! On ne lui a pas par­donné de dénoncer ceux qui prennent le pouvoir pour se ser­vir au lieu de s'acquitter de leurs devoirs. Il a dénoncé ceux qui font de «l'avoir et du valoir» le but de leur vie. Il a demandé la libération des exclus, des pauvres et des petits. On ne lui a pas pardonné ses appels dérangeants.

 

Changeons notre regard sur la Croix! Chrétiens, nous « mimons» la mort du Christ par l'acceptation des croix de la vie. Il est inutile de se tailler des croix sur mesure, la vie se charge de nous les fournir. Donnons-leur un sens! «La croix que l'on porte est moins gênante que la croix que l'on traîne », disait sainte Thérèse d'Avila. À chaque messe, voyons ce qui peut mourir en nous, pour nous faire participer pleinement au sacrifice du Christ.

 

       X Jean-Michel di FALCO LEANDRI

                                  Evêque de Gap

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