Dans une interview livrée au quotidien France Soir, Mgr Jean-Michel di Falco, président du Comité permanent pour linformation et la communication de lÉglise de France et Évêque de Gap, réagit aux déclarations du cardinal Tarcisio Bertone, mardi dernier sur les ondes de Radio Vatican, appelant « à ne pas lire, ni acheter » le best-seller de Dan Brown, le Da Vinci Code.
Que pensez-vous de cette prise de position de Mgr Bertone ?
Jai eu une réaction de surprise : cette déclaration arrive un peu tard, au moment où le Da Vinci Code est traduit et diffusé dans le monde entier. Chacun est libre de donner son point de vue sur ce livre, mais nous ne sommes plus à lépoque de lIndex et du Saint-Office qui interdisait certaines lectures. La position du cardinal Bertone nengage en rien lÉglise catholique.
Ne craignez-vous pas quune telle réaction renforce les accusations portées par le Da Vinci Code contre lÉglise ?
Non, ce livre est bien trop rocambolesque pour que les déclarations de Mgr Bertone puissent laccréditer dune quelconque façon. Cette prise de position ne relève pas dun communiqué officiel. De même que ce que je dis nengage que moi.
Pourquoi le Vatican ne sest-il pas prononcé plus tôt sur ce livre ?
Il ny avait pas de réaction, personne na jugé utile dintervenir car il sagit simplement dun roman. Il ny a pas de quoi fouetter un chat. Il se trouve quen ce moment, on en parle beaucoup en raison du tournage du film et de la parution récente dAnges et Démons : les gens nous posent des questions, nous y répondons, voilà tout. Ce qui peut poser question dans ce livre, cest le mélange de fiction et de réalité, il faut faire un tri. En tout cas, je ne vois pas ce que lÉglise peut craindre dun livre comme celui-ci. Ce nest pas le premier livre de fiction sur lÉglise et il y en aura certainement dautres.
Que pensez-vous du Da Vinci Code ?
Je lai lu comme un roman policier et je ne peux pas dire quil mait inquiété, ni troublé, ni intrigué et pas davantage irrité. Quand je suis arrivé à la dernière page, je me suis demandé ce qui pouvait bien faire le succès de ce livre qui nest pas aussi bon, à mon sens, que les romans policiers de Mary Higgins Clark.
Comment expliquez-vous donc le succès du livre de Dan Brown ?
Il y a un effet de mode indéniable mais il y a peut-être des raisons plus inconscientes. Ce livre est publié dans une période de remise en cause générale. A côté de cette remise en cause tous azimuts, il y a également une recherche dordre spirituel qui va dans tous les sens. Les gens pensent : pourquoi un roman qui a la prétention affichée daborder un sujet religieux ne donnerait-il pas des réponses ? La question qui taraude nos contemporains en quête de réponses, cest à la fois « si cétait vrai ? », mais aussi avec angoisse, « et si ce nétait pas vrai ? ». Le succès du livre est peut-être un symptôme de cette recherche angoissée.
Quest-ce qui vous semble le plus contestable dans ce roman ?
Le fait quil sème volontairement le doute sur les fondements de la foi chrétienne et sur lÉglise. A travers des affirmations péremptoires et farfelues, étayées par de prétendues recherches universitaires, lauteur entreprend de démolir lÉglise catholique, qui serait coupable davoir dénaturé le message du Christ. Le roman policier qui fonctionne sur le dévoilement de preuves sert de prétexte à un dévoilement de fausses preuves, toutes à charge contre lÉglise. En chemin, la démagogie nest pas absente, puisque lÉglise apparaît peu à peu comme une ennemie déterminée des femmes. Pire encore, Dan Brown présente lÉglise comme prête à tout, y compris à commanditer des meurtres et à falsifier les écritures saintes pour asseoir son pouvoir. De fait, la théorie du complot est le fil conducteur de louvrage, avec les relents les plus détestables que véhicule ce type de théorie.
Propos recueillis par Delphine Peras pour France Soir