Retraite avec Benoîte, 9ème jour

Publié le par AS

Benoît à Embrun

La prière pour le roi et pour la paix
(1670)

"Elle eut l’honneur de voir la divine Marie toute éclatante de lumière, quand on commence à jouer de l’orgue qui surprend Benoîte.

La Mère de Dieu lui apparaît et lui dit de ne pas avoir peur, que ce sont des instruments pour honorer son très cher Fils, que c’était sa plus grande fête, la marque de son amour infini ; et une infinité d’autres belles choses dont elle ne se souvient plus, et qu’on n’a pas eu le soin d’écrire.

Ce jour qu’elle voit la divine Marie, elle paraît toute autre. Le grand vicaire connut qu’il y avait de l’extraordinaire : elle lui dit qu’elle avait eu l’honneur de voir la Mère de Dieu,  elle lui raconte fidèlement tout ce qu’elle lui avait dit : ce qui le met dans une grande admiration. Il n’eut pas besoin d’autre témoignage pour être convaincu de la vertu de cette sainte fille, et de ces apparitions : ce qui lui fit connaître le miracle que Dieu fit en sa personne de la faire vivre quatorze jours sans manger en se portant si bien.

Il ne doute plus de la vérité et que Dieu veut être honoré en ce saint lieu du Laus : ce qui fait un très grand effet dans son esprit, et le change tout entièrement, comme l’on verra encore.

Benoîte, surprise de voir Marie habillée en Reine, la couronne sur la tête, la bonne Mère lui dit que cette église avait été bâtie par un Roi et que c’était une église royale …" (C.A.G.., p. 99).

Un écrit récent, inédit, de sœur Marie-Monique « Une épopée mariale, Notre-Dame du Réal d’Embrun, Notre-Dame de Bon Rencontre du Laus », nous montre avec pertinence comment le Laus est un prolongement de Notre-Dame du Réal d’Embrun et plonge ses racines dans cette chaîne de pèlerins que nous voyons défiler depuis saint Marcellin (évêque d’Embrun en 365 – la cathédrale d’Embrun est dédiée à Notre-Dame du Réal, c’est-à-dire à Notre-Dame des trois mages et, en même temps, aux rois de France qui y sont venus fréquemment en pèlerinage).

En effet, tous ceux qui sont venus dans l’église édifiée par Charlemagne et aux siècles suivants, au temps des rois de France, pour honorer Notre-Dame du Réal, annoncent la foule des pèlerins qui viendront à Notre-Dame du Laus à partir de 1664. Ainsi, Embrun a préparé la venue de Marie sur la terre du Laus.

L’apparition de Marie à Benoîte Rencurel à Embrun le 6 juin 1670 montre le lien profond qui existe entre Embrun et le Laus. C’est le même geste de Marie, la même mariophanie.

En effet, au temps de Benoîte, le hameau du Laus n’appartenait pas comme aujourd’hui au diocèse de Gap, mais à l’archidiocèse d’Embrun qui était le centre spirituel et religieux de notre région. Notre-Dame du Réal, qui a été vénérée dans sa cathédrale depuis les débuts du moyen âge, s’est manifestée au Laus à Benoîte Rencurel pour que ce lieu devienne une continuation des merveilles qu’elle avait déjà accomplie à Embrun.

Si Benoîte a du se rendre à Embrun, en juin 1670, pour subir un interrogatoire de la part du vicaire général et de son conseil, c’était pour que l’autorité diocésaine reconnaisse l’authenticité de ses visions et de sa mission.

L’apparition royale de Dame Marie à Benoîte Rencurel le 6 juin 1670, jour de la Fête-Dieu, marque donc un tournant dans son aventure spirituelle et dans l’histoire du Laus.

Marie, apparue dans la gloire au sein de la majestueuse cathédrale, manifeste le lien et la continuité entre ces deux hauts lieux.

Le sanctuaire de Notre-Dame du Laus ne serait-il pas comme une résurgence de Notre-Dame du Réal ? Ainsi, l’apparition d’Embrun annonce un avenir pour le diocèse de Gap. Elle crée, en même temps , un lien indissoluble entre ces deux sanctuaires ;

 

Benoïte est soumise à un interrogatoire qui durera quatorze jours. "Durant cette période il lui est impossible d’avaler quoi que ce fut, pas même une cuillère d’eau."

Au cours de l’apparition, la Mère de Dieu lui annonce "que ce lieu serait hostile à la dévotion du Laus, mais qu’il fallait avoir bon courage, bien prier son Très Cher Fils, faire toujours de bonnes œuvres, souffrir très patiemment tout ce qu’on ferait contre elle et contre le Laus ; mais tous les ennemis de ce saint lieu seront un jour confondus."

Le séjour de Benoîte à Embrun et l’apparition de la Sainte Vierge la font entrer dans une nouvelle dimension de son existence : elle sort de l’orbite restreint du Laus et de Saint-Etienne d’Avançon pour s’ouvrir à la vie du royaume. Elle aura à combattre au Laus contre le prince de ce monde qui agit tout particulièrement dans le royaume de France et dans le cœur du Roi.

Plus tard, Dame Marie lui demandera avec insistance de prier pour la Paix et la personne de Louis XIV. Cette prière aura une densité particulière durant la guerre de succession d’Espagne, sporadique depuis 1701 et qui s’envenime en 1707. Les troupes royales sont ramenées d’Italie à la frontière des Alpes où elles subissent des revers. Ainsi, en octobre, Suse est prise par l’armée du Roi. Les troupes campent durant l’hiver 1708-1709 dans le Queyras et le Briançonnais. Elles passent dans le Gapençais.

Le prix des denrées monte en flèche. C’est une période très troublée. Qui pourra mesurer les effets de la prière de Benoîte ? À partir de 1712, les pourparlers de paix détendent l’atmosphère et s’achèvent par le traité d’Utrecht, signé le 11 avril 1713. Ce traité échange les vallées de Barcelonnette qui fait partie désormais du royaume de France.

À Embrun, l’horizon et la prière de la bergère du Laus se sont élargis. La mystique de Saint-Étienne d’Avançon, qui est aussi une des grandes mystiques du Dauphiné et de la Provence, devient une mystique du royaume de France, plus encore "un des ressorts les plus cachés et les plus puissants de l’Europe", comme l’a écrit Jean Guitton le 28 août 1966 alors qu’il se trouvait à Notre-Dame du Laus en la fête de saint Augustin.

Avec Benoîte, nous avons à élargir notre horizon et les dimensions de notre prière qui trouve sa source dans le Notre Père.

Benoîte nous apprend à passer sans cesse dans notre prière de nos intentions particulières aux intentions de la prière universelle de L’Église.  Elle nous fait entrer dans le concert des grands saints et des grandes saintes de la France, comme saint Rémi, saint Martin, Jeanne d’Arc, Thérèse de Lisieux et bien d’autres encore.

Benoîte est cette femme enracinée profondément dans son territoire. Elle prie sans cesse pour les siens et ceux qui viennent à elle. Mais en même temps, à travers ses racines paysannes elle rejoint tous les hommes de son temps. Elle s’enracine dans le pays de France, au cœur de l’Europe et devient, comme Thérèse d’Avila, une fille de l’ Église, une citoyenne de l’univers.

 

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