Retraite avec Benoîte, 2ème jour

Publié le par AS

Au vallon des Fours (Mai - 29 août 1664)
La joie de la rencontre

Le lendemain du dialogue avec le vieillard, elle vit sur la roche une grande dame qu’elle ne connaissait pas et qui tenait un enfant entre ses bras. Belle dame, que faites-vous là haut ? Voulez-vous acheter du plâtre ? Voudriez-vous goûter avec moi ? J’ai un peu de pain qui est bon, que nous tremperions dans la fontaine … Elle se mit à rire. Belle dame, vous plairait-il de nous donner cet enfant qui nous réjouirait tous ? Elle se mit à rire et ne répondit rien …
(C.A.G., p. 54)

À partir de ce jour, les apparitions de la Belle Dame et de l’enfant vont se succéder quasi quotidiennement du matin aux étoiles jusqu’au soir aux étoiles. Si l’on étudie en détail l’ensemble de ces apparitions qui ont duré environ quatre mois, nous pouvons relever les traits suivants :

La première période (mai-juin) est silencieuse.

La bergère est littéralement séduite par la beauté de la dame et plus encore par celle de l’enfant. Tout d’un coup, elle vit une belle dame avec un petit enfant d’une beauté extraordinaire qu’elle tenait par la main. Cette première rencontre est si forte que la nuit lui était une année et le jour trop court. Gaillard évoque le sourire et le silence de la dame qui sera suivi quelques semaines plus tard d’une longue période d’enseignement et de conseils. Il faut noter toutefois que l’aspect transcendant et céleste n’apparaîtra que plus tard.

Dans un premier temps, il s’agit d’une longue éducation silencieuse, devant une vision de beauté et auprès d’une présence souriante et familière. Benoîte pense qu’il s’agit d’une dame de la ville qui veut acheter du plâtre. Elle l’invite à partager son pain, elle n’hésite pas à lui demander son enfant. Il lui arrive de s’endormir sur le manteau de la dame.

Celle-ci la prépare ainsi à écouter ce qu’elle va lui dire. Elle la fait entrer dans le silence de l’écoute, la remplit de joie et ouvre son cœur par son sourire et par la beauté de son enfant. Écoute ma fille, regarde et tends l’oreille.

La seconde période est marquée par des entretiens plus prolongés et familiers.

La Dame éprouve Benoîte en lui demandant obéissance envers ses maîtres, jusqu’au respect de l’heure, en lui demandant un mouton et sa chèvre que la servante de Dieu lui refuse. Elle lui apprend à chercher son troupeau sans s’impatienter. L’accent est particulièrement mis sur l’éducation à la patience et à la confiance.

Elle forme aussi la messagère à la prière en la renvoyant à l’église de son village, lui apprenant par cœur l’Amende Honorable à réciter devant le Saint Sacrement et les Litanies de la Sainte Vierge, versets et oraisons compris, à chanter tous les soirs avec ses compagnes. C’est la première mission apostolique qui lui est confiée.

La Dame l’éduque à la vie fraternelle et spirituelle dans un souci du quotidien. Elle la conduit et la façonne profondément en ce lieu où, dans les fours à chaux, les hommes de son village transforment le gypse terreux en plâtre blanc et immaculé, sous l’action du feu et de la chaleur.

Ces quatre mois sont une étape de formation humaine et spirituelle… Les effets sont constatés par sa maîtresse, les compagnes de Benoîte, le prieur-curé, les habitants du village et le juge de la vallée, François Grimaud. La dame Rolland, sa maîtresse, se convertit.

Ses compagnes acquiescent à sa demande et prient tous les soirs avec elle ; le prieur donne son accord. Le juge Grimaud est impressionné par le visage rayonnant de la servante de Dieu et la qualité de ses réponses. Toutefois, les réactions de la population sont loin d’être unanimes jusqu’à la dernière apparition du 29 août où la situation va trouver son dénouement. L’unanimité se réalise finalement ce jour-là, lors de la procession paroissiale où la dame révèle son nom : Je suis Dame Marie, vous ne me verrez plus de quelques temps.

Voici la description que nous en donne le juge François Grimaud :

Le prieur adhérant à la piété et à la dévotion de ses paroissiens se porta le jour de la fête de la décollation de saint Jean, qui était le 29 août suivant, la dite année de 1664, de s’en aller en procession, non seulement avec les filles, mais encore avec tous les enfants, hommes et femmes de sa paroisse vers la grotte. Je ne manquais point de m’y rendre…

Et m’étant approché de notre bergère sur le visage de laquelle paraissait une joie et satisfaction incomparables, elle me répondit nettement qu’elle ne voyait rien. Je dis à Benoîte de prier à genoux devant l’antre, tandis que je m’écartais à quelques pas d’elle pour prier aussi, en particulier Dieu et sa Sainte Mère de me faire connaître leur volonté.

Tandis que je priais Dieu ardemment et de toutes mes forces, à genoux sur une pierre, elle m’avertit avec un ton de joie tout à fait extraordinaire, en me disant telle parole : Eh ! Monsieur le Juge, voyez-vous la demoiselle ? Je la vois, venez vite ! Où est-elle ? … Monsieur, elle vous tend la main, ce qui m’obligea, le chapeau au poing et à genoux, de tendre la main vers l’antre pour savoir si quelque chose d’invisible me toucherait. Mais, à la vérité, je ne touchais rien.

La bergère me dit que la demoiselle disparaissait et s’enfonçait dans la grotte. Dieu m’inspira de dire à Benoîte de demander à la demoiselle qu’elle voyait, comment elle s’appelait. Ce qu’elle fit sur-le-champ, regardant dans l’antre et me répondit d’abord qu’elle s’appelait Dame Marie et qu’elle ne la verrait de quelques temps.
(C.A.Gr., p. 523).

Au Vallon des Fours, nous entrons dans les mystères joyeux : le mystère de l’Annonciation: Réjouis-toi, Vierge Marie, comblée de grâce, le mystère de la Visitation : la joie d’Élisabeth, remplie de l’Esprit Saint et la joie de Marie qui chante le Magnificat, le mystère de la Nativité (Benoîte partage au Vallon des Fours, devant le petit enfant d’une beauté singulière, la joie des bergers de Bethléem et des mages, conduits par l’étoile, qui arrivent à la crèche).

Nous sommes invités, en ce deuxième jour, à méditer, avec Benoîte au Vallon des Fours, les scènes évangéliques des trois premiers mystères joyeux du rosaire, en demandant la joie dans la contemplation de ces réalités.

Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique, insiste pour nous dire que le cycle des mystères joyeux est caractérisé par la joie qui rayonne de l’événement de l’incarnation. Cela est évident à l’Annonciation.

C’est une note d’exultation qui marque la scène de la rencontre d’Élisabeth avec Marie. Une atmosphère de liesse baigne la scène de Bethléem, et la naissance de l’enfant divin, le sauveur du monde, est chantée par les anges et annoncée aux bergers, justement comme une grande joie (Luc 2 - 10). La joie de Benoîte qui voit la Vierge Marie, c’est vraiment la joie de Noël, la joie de la Visitation, la joie de l’Annonciation. Les manuscrits nous font remarquer que la vision de la Belle Dame et du petit enfant qu’elle tenait par la main lui fit glisser dans le cœur tant de douceurs et de joie qu’elle n’en pouvait plus perdre l’idée.


Pour en savoir plus
Pourquoi cette retraite ?
Le Sanctuaire de Notre-Dame du Laus
La reconnaissance des apparitions
L'histoire des apparitions


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