Le pari de l'Amour

Publié le par AS

Madame le Pasteur de l'Eglise réformée de France pour les Hautes-Alpes, Nathalie Paquereau, a prêché à la cathédrale de Gap, à l'occasion de la veillée pascale, le 22 mars dernier, à l'invitation de Mgr Jean-Michel di Falco. Nous vous proposons ici son intervention.

Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc : mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je ferai avec vous une alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les nations, un guide et un chef pour les peuples. Et toi, tu appelleras une nation que tu ne connais pas, et une nation qui t’ignore accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause de Dieu, le Saint d’Israël, qui fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme pervers, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, - déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, mes pensées au-dessus de vos pensées.

La pluie et la neige qui descendent des cieux, n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

Avec ces trois lectures de l’Ancien testament, on est presque dans la série « la petite maison dans la prairie » ! On a la création, les arbres, les fleurs et les petits oiseaux ; on a des descriptions idylliques, et surtout, surtout, on a un Dieu bien présent ; un Dieu qui crée, un Dieu qui parle, un Dieu qui s’adresse à ses prophètes… C’est beau…

Mais qu’est-ce que c’est loin de nos vies !!!

Nos vies, quelles sont-elles le plus souvent aujourd’hui ?

Les fleurs et les petits oiseaux ? Notre planète se réchauffe, tout se détraque et nous allons laisser à nos enfants et petits-enfants une terre qui ne ressemblera plus du tout à la petite maison dans la prairie… Et notre quotidien ? Il est souvent très très loin de ce joli cadre, et de ces échanges avec Dieu. Alors, on est là pourquoi ce soir ? Par habitude familiale ? Parce que Pâques, tout de même, c’est important ? Parce que vos parents ne vous ont pas laissé le choix ? Ou encore parce que, à certains moments, Dieu, dans votre vie, ça compte ? Mais vous, les jeunes, que faites-vous là ? Vous ne seriez pas mieux au chaud devant une bonne petite série à boire un bon coca, au lieu d’être là, au froid ? Et vous leur direz, à vos copains, mardi, que vous êtes allé à la cathédrale pour la veillée pascale ? Mais c’est d’un ringard !! Moi, je vous le dis, ce n’est absolument pas à la mode ! Quoique, remarquez, en parlant de mode, on s’était promis, les personnes de ma génération, de ne plus jamais porter ni pantalons pattes d’éléphants ni grosses fleurs, trop ringard… et cette année, on a vu que ça !!! Alors, la mode et la ringardise, parfois il vaut mieux s’en méfier !!!

Revenons à nos moutons… On est là pourquoi ce soir ? Peut-être parce que cette parole de Dieu est pertinente pour nous aussi… Peut-être parce que La Parole de Dieu peut bouleverser notre vie… Alors écoutez Isaïe et cette parole. Par quoi commence-t-elle ? Par «  Venez vous tous ». Vous tous… Qui que tu sois, quelle que soit ta vie, quels que soient tes manquements, tes blessures, tes complexes ; quel que soit ton âge, ton appartenance, ton histoire, c’est à toi que le Seigneur s’adresse. Vous tous. Quand on est invité à un mariage, on est content en général. Mais il y a plusieurs sortes d’invitations. Celle à la mairie ; c’est plutôt rapide ; pas trop le temps de saluer les mariés …On reste souvent sur sa fin. Celle à l’église, où on vous indique sur le carton d’invitation que vous êtes invités au vin d’honneur. Pas mal… Je ne sais pas si ça se fait ici aussi, mais dans certaines régions, on peut vous inviter à rejoindre la noce pour le dessert… Sympa mais un peu frustrant… Enfin, il y a l’invitation totale, où vous êtes invité au repas. Là, ça signifie en général que les mariés veulent vous honorer, vous faire plaisir et qu’ils vous considèrent comme des invités de marque, des proches.

Par ce texte d’Isaïe, le Seigneur nous invite ; pas pour une petite partie ; pas que pour le dessert ; il invite chacun de nous pour une grande réjouissance. Et Isaïe nous le dit clairement : « venez boire de l’eau et manger » ; le Seigneur nous invite tout d’abord pour l’essentiel, cette eau, ce pain. Qu’est-ce ça veut dire pour nous ? Ce pain et cette eau gratuite sont une image du salut que Dieu promet à tous gratuitement et largement, à la seule condition de venir les chercher. «  Venez »… Oh ! le salut, ça représente quoi pour nous ? Peut-être une vague carotte pour l’au-delà ? Une espérance à laquelle on s’accroche quand vient notre heure ? Non… le salut, il commence au moment même où, par la foi, on accepte cette invitation, cette invitation de Dieu lui-même. Ce salut, il commence quand on dit oui à cette eau offerte gratuitement, que l’on retrouvera dans le baptême ; quand on dit oui au pain offert gratuitement, que l’on retrouvera dans la communion.

Et, oui, il y a promesse de vie éternelle pour chacun de nous qui accepte l’invitation : le Christ le dira : «  Celui qui croit en moi a la vie éternelle »… Pas «  aura » mais « a ». Cette invitation, elle est pressente ; c’est vraiment le « Viens » de Dieu pour chacun de nous ; le « viens », j’ai les bras ouverts pour t’accueillir ; le veux-tu ?

Ce qui est merveilleux et qui peut transformer notre vie, c’est que non seulement il y a ces éléments essentiels, l’eau, le pain, mais encore Dieu dans son invitation, veut nous offrir du lait et du vin ! de la douceur, de la tendresse, comme le lait ; de la joie, de la fête comme le vin !!!

Alors, oui, ce soir, le Seigneur dit à chacun de nous : «  viens, toi qui a soif ; toi qui as soif de sens ; toi qui meurs de solitude ; toi qui ne vois pas quel est ton chemin ; viens, toi qui souffres ; viens, toi qui vis échecs sur échecs ; viens, toi qui vis un deuil ; viens, toi qui espères des jours meilleurs ; viens, toi qui n’oses pas parce que ce n’est pas à la mode de croire en Dieu ; viens, toi qui as envie d’une autre vie ; viens, parce que je t’offre ma présence, avec cette eau, avec ce pain ; je t’offre ma Parole, que ton âme va boire et manger pour être rassasié de paix et d’espérance ; viens, parce que je t’offre le lait de ma tendresse, le lait de mon amour et de mon pardon ; viens parce que je t’offre le vin de l’allégresse ; le vin de la fête ; le vin de la vie réconciliée avec moi, avec toi, avec tous les autres.

Viens, prends le pari de mon amour, tu as tout à y gagner : la vie, la joie, l’assurance de ma lumière, l’assurance de ma présence…

Viens, toi qui travailles durement durant la semaine ; viens te reposer dans ma Parole et reprendre des forces dans le repos que je t’offre.

Dieu attend juste un « oui » de notre part, le « oui » de la foi, de la confiance.

On fait bien confiance en des hommes, en des politiciens, en des commerçants, en des voisins, en notre entourage… Ne peut-on pas faire confiance en Dieu ?

Viens.

Mais alors, fais attention ! parce que tu prends le risque d’être bouleversé par ma Parole ; tu prends le risque de ne plus voir les choses pareillement ; tu risques de ne plus voir les hommes et les femmes d’un même regard. Tu risques d’avoir envie de sortir de ton pessimisme pour te remplir d’espérance et de bonne volonté pour ce monde.

En effet, le texte le dit bien : « La pluie et la neige qui descendent des cieux, n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma Parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat ».

Et pour cela, attends toi à ce que Celui qui vient de passer de la mort à la vie, le Christ, te bouscule, t’accompagne, te guide de son amour et de sa présence.

C’est un pari que Dieu te lance, le pari de l’amour vainqueur. « Voici, tout est prêt ». Es-tu prêt, es-tu prête ?

Amen.

                               Nathalie Paquereau
                               Pasteur de l’Eglise réformée de France pour les Hautes-Alpes


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