Dans la soirée du 18 mars 2008, à l’occasion de la messe chrismale qui rassemble tous les prêtres du diocèse exceptionnellement célébrée dans la cathédrale d’Embrun, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a annoncé le rattachement du titre d’Embrun au titre du diocèse de Gap. Ce dernier devient donc le diocèse de Gap et d’Embrun. Explications d’une démarche aux fins pastorales…

Peu de temps après son arrivée sur le diocèse de Gap, Mgr di Falco a réalisé un dossier expliquant les motivations historiques et pastorales d’une telle démarche, envoyé à la Congrégation pour les Evêques, à Rome. Le titre d’Embrun avait été successivement rattaché, au cours de l’histoire, aux diocèses de Digne, de Lyon et enfin d’Aix-en-Provence. Au-delà de l’aspect purement administratif, ce souhait répond à un désir cher au cœur des Embrunais et marque ainsi la sollicitude pastorale de l’évêque à l’égard des catholiques d’un secteur dont l’histoire ecclésiale est très riche.

undefined Décret rattachant le titre d'Embrun au titre de Gap

Datée du 31 décembre 2007, la réponse de la Congrégation pour les évêques, rédigée sous forme de décret rédigé en latin, parvient à Mgr di Falco : « (…) C’est pourquoi la même Congrégation, en vertu des facultés spéciales accordées à elle par le Souverain Pontife Benoît XVI par le présent Décret, à valoir mêmement que des Lettres Apostoliques sous cachet et datées, a statué que le diocèse de Gap soit co-décoré du titre de l’Eglise d’Embrun »).

Désormais, tous les actes administratifs devront donc mentionner « Diocèse de Gap et d’Embrun ».



Un peu d’histoire…

Embrun est une ville importante dès la fin de l’Antiquité, Marcellin en serait le premier évêque vers 363. Ce rôle de capitale est relayé au Moyen Age par celui de métropole, quand Embrun devient un archevêché prestigieux dont dépendent des diocèses jusqu’à la Méditerranée : Digne, Glandèves, Senez, Vence, Nice, Grasse. Cette importance ressort dans l’architecture, avec la construction de la cathédrale dès la fin du XIIIe siècle dont l’orgue (fin XVe siècle pour les premiers éléments) est un joyau soutenant la liturgie. Le roi de France (depuis le XIVe siècle), est proto-chanoine de la cathédrale. La tradition veut que le Président de la République française, ainsi que l’ont fait les présidents de Gaulle et Lebrun, reçoivent également la médaille du proto-chanoine.

Notre-Dame du Réal (à qui est consacrée la cathédrale d’Embrun) est aussi lieu d’apparition et de dévotion mariale. Un fait marquant se produit en 1670, lorsque, le jour de la Fête Dieu, Benoîte Rencurel voit la Vierge éclatante de lumière et couronnée. Ensuite, en 1727, la métropole d’Embrun est le lieu d’un concile provincial au cours duquel l’évêque de Senez est déposé pour jansénisme.

La Révolution française modifie en profondeur l’Eglise de France. Les sièges anciens sont supprimés. Les évêques qui ne s’inclinent pas sont contraints à l’exil : c’est le cas de Mgr de Leyssin, archevêque d’Embrun ainsi que de Mgr de La Broue de Vareilles, évêque de Gap. Dans les Hautes-Alpes, l’Eglise constitutionnelle, donc affiliée au pouvoir révolutionnaire, a son siège à Embrun, Gap étant le chef-lieu du département.

Jusqu’en 1801, deux évêques assermentés se succèdent : Ignace de Cazeneuve (1791-1798) et André Garnier (1799-1801). Le concordat de 1801, permettant à l’Eglise de France d’avoir un statut légal tout en étant à nouveau en lien avec Rome, provoque le découpage du territoire en 50 diocèses : Digne est l’évêché pour les Hautes et les Basses-Alpes. Il est suffragant d’Aix.

Dans le même temps, une bulle pontificale, publiée dans le bulletin des lois, permet aux évêques de joindre à leur titre ceux des diocèses supprimés. Ainsi l’archevêque de Lyon, alors Joseph Fesch qui est aussi oncle de Napoléon Bonaparte, se voit attribuer les titres de Vienne et d’Embrun. En 2007, le diocèse de Grenoble est devenu diocèse de Grenoble-Vienne.

En 1804 et 1805, l’évêque de Digne souhaite résider à Embrun : cela ne se fera pas en raison des circonstances politiques et du décès de Mgr Dessoles (1805). Dans les années 1810, la ville d’Embrun devient le siège d’un petit séminaire qui fermera après 1905.

En 1823, Mgr Arbaud, ordonné durant la Révolution et venant du diocèse de Digne, est nommé évêque de Gap. Dans un texte adressé aux diocésains, il souligne la double lignée d’évêques auquel il succède : « nous sommes assis sur le siège des Arnoux, des Constantin, des Arey ; nous avons à gouverner l’illustre Eglise fondée par Marcelllin ». Mgr Arbaud se veut évêque d’un nouveau diocèse, héritier de sièges anciens. Au même moment, le titre d’Embrun passe de Lyon à Aix ce dernier siège étant métropole de Gap et de Digne. Le titre d’Embrun était, jusqu’à cette année, porté par l’archevêque d’Aix et Arles, actuellement Mgr Feidt. Le siège métropolitain de la région est désormais celui de Marseille.

Luc-André Biarnais
Archiviste du diocèse de Gap et d’Embrun




Clément VII, un archevêque d'Embrun devenu Pape

A la fin du Moyen Age, le parcours de Jules de Médicis est emblématique à l’extrême d’un siège au prestige reconnu. Nommé à Embrun en 1510, il n’y réside pas. Il est appelé à Florence (1513) puis devient cardinal. Il est élu Pape en 1523 sous le nom de Clément VII. A partir de cette date et jusqu’en 1791, parmi les archevêques d’Embrun, cinq sont cardinaux durant leur épiscopat. Aucun des évêques de Gap n’a été appelé au cardinalat durant cette période.



L’attrait de l’archevêché d’Embrun est souligné, en 1783, par l’abbé Albert dans son histoire ecclésiastique du diocèse d’Embrun :

« il n’est pas surprenant, avec tant d’anciens privilèges, soit temporels soit spirituels, que plusieurs archevêques d’Embrun aient préféré cet archevêché aux sièges les plus brillants du royaume : que Jacques Gélu ait quitté celui de Tours, que Jean Girard ait renoncé à celui de Reims, et que Guillaume d’Avançon ait refusé ceux de Vienne et d’Arles pour se fixer à Embrun, ainsi qu’on le verra dans la suite de cette histoire ».
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