Le "Da Vinci Code", défi pour la raison

Publié le par AS

Sera-t-il possible d’échapper au Da Vinci Code ? Pour ceux qui n’auraient pas vu passer le livre (1 million d’exemplaires vendus en France), il sera difficile de ne pas entendre parler du film, dont la sortie est déjà annoncée à grand renfort de publicité.

 

Que raconte le Da Vinci Code ? L’histoire d’un complot. Et Dan Brown, l’auteur du roman, n’hésite pas à exprimer ce qui fait à ses yeux la raison du succès : « Tout le monde aime la conspiration ». La recette est efficace, mêlant les conventions du roman policier, une intrigue sentimentale et l’étrangeté d’une Église catholique fantasmatique, sur fond de fausse érudition. Un meurtre au musée du Louvre, non loin du célèbre tableau de Léonard de Vinci, La Joconde, va conduire les héros de codes secrets en rituels mystérieux à dévoiler des vérités cachées depuis 2000 ans par une Église catholique avide de pouvoir et ennemie des femmes. Évangiles contre codes secrets : voilà le nœud du roman. Foi et raison contre preuves et mystères : le roman est le symptôme d’une peur de croire, qui conduit à accorder du crédit à un roman, pour peu qu’il énonce des preuves.

 

Semer le doute

Au fil de l’enquête policière, qui fonctionne par convention sur la découverte de preuves, s’opère une déconstruction des fondements de la foi chrétienne. Habileté du romancier, le procédé ne s’applique pas seulement à l’enseignement de l’Église, mais aussi à la peinture de Léonard de Vinci, à l’architecture des églises, donnant un poids supplémentaire à une érudition de pacotille qui n’est là que pour semer le doute.

Ainsi, le lecteur est amené à douter de ce qu’il pouvait savoir et croire. Tout ce qu’on a pu lui enseigner au sujet du Christ, et ce que l’Église transmet, ne serait que fables destinées à abuser les faibles et à asseoir un pouvoir occulte. « Le Da Vinci code est presque lu comme une contre-Bible »1, indique une critique parue dans la revue Études, en décembre 2004. Dans le roman, la remise en question du dogme catholique s’accompagne paradoxalement d’un désir de savoir sans avoir à s’en remettre à la foi.

 

Un roman « New Age »

Dans le texte publié fin 2003 par le Conseil pontifical pour la culture, Jésus Christ le porteur d’eau vive, une description des thèmes que Dan Brown vulgarise dans son roman permet de le relier au courant diffus du  « New Age » ou « Nouvel Âge » : « On constate une certaine nostalgie et un regain de curiosité pour la sagesse et les rites d’autrefois, qui expliquent en partie l’intérêt croissant pour l’ésotérisme et le gnosticisme. Beaucoup sont attirés en particulier par ce qui est connu, à tort ou à raison, comme la spiritualité “celtique” ou les religions des peuples de l’Antiquité. […] Des religions historiques, [les adeptes du New Age] ont tendance à ne prendre que leur noyau ésotérique, dont ils se proclament les gardiens. D’une certaine façon, ils nient l’histoire et n’admettent pas que la spiritualité puisse prendre racine dans le temps ou dans une institution. Jésus de Nazareth n’est pas Dieu, mais l’une des nombreuses manifestations historiques du Christ universel et cosmique. »2

Critique de l’autorité, complot, remise en question des vérités révélées, ésotérisme, recherche de sensations fortes, démagogie, le Da Vinci Code joue sur tous les ressorts pour capter l’attention du lecteur : « Le Nouvel Âge a une préférence marquée pour les religions orientales ou préchrétiennes, considérant qu’elles n’ont pas été touchées par les distorsions judéo-chrétiennes. D’où son intérêt pour les antiques rites agricoles et les cultes de la fécondité. “Gaia”, la Terre Mère, est présentée comme une alternative à Dieu le Père, dont l’image est trop entachée d’une conception patriarcale de domination de l’homme sur la femme. »2

 

Rituels et codes secrets

Enfin, à rebours du message évangélique, le Da Vinci Code réserve la révélation à un cercle restreint d’initiés, qui accèdent à la connaissance par des messages cryptés et des rituels ésotériques : « L’accès au divin passe par la connaissance des mystères cachés, au moyen d’une recherche individuelle du réel derrière ce qui n’est que simple apparence, de l’origine au-delà du temps, du transcendant derrière ce qui paraît passager, de la tradition originaire derrière la tradition éphémère, de l’autre derrière le moi, de la divinité cosmique au-delà de l’individu incarné. »2

Pour Dan Brown, Dieu ne se révèle pas par sa Parole, mais par des rituels et des codes secrets. Croyant attaquer les fondements de la foi par des « révélations » sur la vie de Jésus, Dan Brown tient la raison à distance, au risque de la superstition.

 

Marie-Caroline de Marliave (source : Catholiques en France N°3, reproduction interdite)

 

 

1 « Da Vinci Code ou le retour des religions à mystères », Études, décembre 2004.

2 Conseil pontifical pour la culture et Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux : Jésus Christ le porteur d’eau vive, une réflexion chrétienne sur le Nouvel Âge, Documents d’Église, coédition Bayard, Fleurus-Mame, Cerf, 2003.

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