Homélie - Funérailles du Père Jean Peurois

Publié le par AS

Célébration d’obsèques de Père Jean Peurois

Cathédrale de Gap - vendredi 4 mars 2005

 

Le Seigneur dit à Abram : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays vers le pays que je te ferai voir. »

Sans doute que cette parole nous fait-elle nous souvenir que Jean venait d’ailleurs.  Il lui a fallu à un moment de sa vie  faire son deuil de son rêve d’être reconnu comme haut-alpin et d’accepter de rester pour tous le ‘natif breton’ .  Ce fut pourtant la condition pour mieux saisir et accueillir  la valeur de l’accueil dont il bénéficiait grâce à vous tous : frères prêtres, religieux et religieuses, laïcs des différentes vallées et communautés des Hautes -Alpes. Voici peu de temps il déclarait : Il faut dire merci aux prêtres de Gap que j’ai aimés. Ils m’ont apporté tellement, je les ai bien aimés.  

 

Pars de ton pays !  Cette Parole qui a fait irruption dans la vie d’Abram  est aussi celle qui a mis en mouvement notre frère Jean.  Pars vers un ailleurs de toi-même. Quitte ta famille !   Le prêtre quitte sa famille ; et vous frères et sœurs, neveux et nièces, vous avez expérimenté jour ou l’autre que Jean ne vous appartenait plus. Il s’était donné  pour d’autres…  pour que d’autres aient la vie en abondance.   Pars ! Laisse et Va… sont les trois impératifs qui résonnent dans la tête d’Abram et dans celle des croyants  de tous les temps.

Le ‘Va’… est bien pâle dans cette traduction française…. Pour être fidèle au texte d’origine, il faudrait traduire : ‘va’ mais  va pour toi, pour ton véritable bonheur,  va pour les autres  et pour leur bonheur aussi.  Alors, on comprend mieux les paroles de Jean, un des derniers jours alors qu’il se confiait à moi : Seigneur, je te dis ‘au-revoir’ dans le bon sens du terme avec tout mon cœur de prêtre. Faut surtout pas regretter de l’avoir servi.  Je suis heureux d’être prêtre.  N’arrête pas le service de l’Eglise ! il faut que tu donnes le maximum.  J’ai essayé de le servir tout ce que j’ai pu. Ca n’a pas été parfait. Quand on a essayé de le servir, alors on peut aller se coucher  (traduction : on peut se reposer ! )  Pars de ton pays !  Le prêtre, le baptisé  doit sans cesse apprendre à quitter ses jugements tout faits, ses idéologies, sa sensibilité, sa volonté  pour  un ailleurs de son lui-même naturel… cela, pour le service des hommes, pour vivre en communion profonde avec ses frères du presbytérium,  pour faire la volonté du Père :  « J’ai beaucoup de choses à dire à Dieu.  Ce que je veux dire d’abord à Dieu ?  c’est :  je me donne de bon cœur, pour toujours, sans aucun regret, parce qu’il est trop bon pour nous lâcher. » Jean a souffert de son Eglise mais il l’a toujours aimée.  Il pouvait être autant acerbe  que poète, vif que tendre, … mais il aimait son Eglise,  il aimait ses confrères, il aimait ses paroissiens.

 

Pars ! Laisse ! Va !  Va pour toi, pour ton bonheur !

Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai !  Dans la relation avec Dieu, il n’a jamais d’appel, d’envoi… sans promesse de bonheur, sans promesse de vie… Il n’y a jamais de Parole qui n’ouvre à l’espérance.   Celui qui librement s’engage au jour de son diaconat dans un seul et même mouvement… à la fois dans le célibat consenti et dans le service de charité pour ses frères,  devient source de fécondité. Celui qui renonce à enfanter devient source de fécondité !

 

Ces derniers mois, l’expérience que beaucoup ont vécu avec Jean, a été un véritable cheminement pascal qui nous a menés avec lui vers son sommet d’aujourd’hui . Cette expérience  a fait de nous des témoins : autour du lit d’hôpital, Jean, jusque dans son état comateux, s’est trouvé au cœur d’une vie qui continuait de rejaillir chez ceux qui l’entouraient    -mettons dans une même fraternité : vous Père di Falco avec vos visites, vos messages,  toi Jean-Pierre, son frère préféré, André, l’aumônier de l’hôpital nord de Marseille, Elisabeth et Odile, aumônier de celui de Gap, personnels soignants, Edmée, Denise, vous tous membres de la famille, de toutes les générations,  qui ne l’avez jamais abandonné,  les proches physiquement et ceux présents de cœur jusque de l’autre côté de l’Océan -   Alors que la vie s’éloignait de lui, sans bruit, furtivement,    elle rejaillissait ailleurs, tout autour, en nous.   Nous avons pu retisser des liens,  relire une histoire commune, partager une foi que, par pudeur, on avait tendance à taire.    Et quand cette vie est accueillie,  celui de qui elle jaillit   peut partir… 

 

Pars ! Laisse !  Va !   Voilà les mots que nous, les humains, nous avons à faire nôtres  quand nous accompagnons un de nos familles, un de nos amis,   dans sa mort vers la vie.  Il nous faut savoir l’autoriser à partir, à partir en paix…. Prenons le mot ‘autoriser’ dans son sens étymologique : « rendre auteur ! »  Oui, avec Jean, nous avons appris maladroitement à le rendre auteur de sa mort   comme il avait tenté de nous rendre auteur de notre vie.  

 

Alors, avec Celui qui a déclaré :  Heureux, vous les pauvres de cœur !  Heureux les miséricordieux !  Heureux les artisans de paix !  Heureux les cœurs purs !  nous pouvons, dans une grande prière eucharistique, d’actions de grâces et de louange, dire :  Heureux celui qui accueille la parole qui invite à partir au large, pour soi, pour son bonheur !  Heureux celui qui se découvre aimé par ce Christ dont Jean disait : Il est tellement bon !  Heureux celui qui se donne dans l’offertoire  d’une vie sacerdotale,  et nous sommes tous prêtres de par notre baptême, c’est à dire serviteur de la tendresse de Dieu pour ce monde !  Heureux celui qui sait apprécier à sa juste valeur  l’amitié fraternelle d’un presbytérium !  Heureux qui sait aimer son Eglise  non pas telle qu’il la rêve, encore moins telle qu’il l’exigerait  mais telle qu’elle est !  Heureux celui qui, toujours pour reprendre les paroles de Jean, a compris qu’on ne peut pas s’arrêter de servir Dieu,  pour se contenter de le suivre à moitié ou se donner seulement en petits morceaux !  Heureux celui qui comprend de quel amour Dieu nous aime en Celui s’est donné totalement !

« Continue la route jusqu’au bout… jusqu’au bout ! pas à moitié.  Ca vaut la peine de le servir.    Ca ne va pas être facile, disait Jean dans son envoi final.   Ce ne sera pas facile  mais Dieu….. (silence)  il sera sur la route . »

 

Père Félix CAILLET

Vicaire général

 

 

Toutes les paroles mentionnées de Jean  sont celles du lundi 7 février 2005

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