Jeudi 28 février, "Quand Dieu semble absent"

Publié le par AS

Tu dois savoir que la bonne volonté ne peut être privée de Dieu. Il est vrai que le sentiment de l'âme en est privé parfois, et s'imagine que Dieu s'est retiré. Que dois-tu faire alors ? Absolument ce que tu ferais si tu te trouvais dans la plus grande consolation. Ce que tu éprouvais lorsque tu le possédais précédemment, accomplis-le maintenant que tu ne l'as plus, et tu le trouveras.

Je dis plus : la bonne volonté ne perd jamais Dieu et n'est jamais privée de lui. Beaucoup de gens disent : « Nous avons la bonne volonté », mais ils n'ont pas la volonté de Dieu, ils veulent avoir leur volonté et veulent enseigner à Notre Seigneur qu'il doit agir de telle ou telle façon. Ce n'est pas là une bonne volonté. On doit rechercher en Dieu quelle est sa toute chère volonté.

La volonté parfaite et véritable serait seulement d'être entré totalement dans la volonté de Dieu, et sans volonté propre. Plus quelqu'un s'est ainsi comporté, plus il est véritablement fixé en Dieu. Oui, un Ave Maria prononcé ainsi quand l'homme s'est absolument désapproprié de lui-même est plus profitable que mille psautiers récités sans cela, et même avoir fait un pas dans cette disposition vaudrait mieux que d'avoir traversé la mer sans celle-ci.

Maître Eckhart (1260-1328), Instruction spirituelle, 11




L’auteur

Né Thuringe dans une famille de petite noblesse, Eckhart entre chez les dominicains d’Erfurt. Il étudie à Cologne, où règne l’influence d’Albert le Grand († 1280), puis Paris, où règne celle de Thomas d’Aquin († 1274). Il revient enseigner à Erfurt, puis à Paris, avant d’en être expulsé par Philippe le Bel comme tous les religieux qui refusaient son appel au Concile contre le Pape. Ses années de maturité se partagent entre ses charges universitaires à Strasbourg, Cologne et Paris, ses importantes responsabilités dans l’ordre des prêcheurs, et un ministère de prédicateur et de directeur spirituel, notamment pour en organiser les études. Ses œuvres latines recouvrent son enseignement académique, tandis que ses sermons et traités en allemand révèlent davantage le maître spirituel. Les dernières années à Cologne furent assombries par les suspicions attachées à ses écrits, et qui aboutiront peu après sa mort à une condamnation modérée de la part des papes d’Avignon. Plus que la dénonciation de véritables hérésies, il faut y voir l’hostilité aux dominicains des évêques de Strasbourg et de Cologne. C’est probablement en Avignon que mourut Eckhart, au cours d’un voyage entrepris pour se justifier.


(Extrait du livret
Carême pour les Cancres 2008 - A l’école des saints – Un texte par jour pour marcher vers Pâques, disponible sur www.paroisseetfamille.com)

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