Mardi 19 février, "La vraie conversion"

Publié le par AS

Les hommes disent : « Ah ! Seigneur, je voudrais bien être en aussi bons rapports avec Dieu et avoir autant de piété et être en paix avec Dieu comme d'autres gens le sont, et je voudrais qu'il en soit ainsi de moi. » En vérité, tout cela est toi-même et absolument rien d'autre. C'est ta volonté propre, même si tu ne le sais pas ou ne le crois pas : jamais un mécontentement ne s'élève en toi qui ne vienne de ta volonté propre, qu'on le remarque ou non.

C'est pourquoi commence par toi-même et abandonne-toi. En vérité, à moins que tu ne te fuies d'abord toi-même, partout où tu fuiras, tu trouveras des entraves et de l'inquiétude, où que ce soit. Les gens qui cherchent la paix dans les choses extérieures, si grand que ce soit ou quoi que ce soit, tout cela n'est pourtant rien et ne leur donne pas la paix. En vérité, si un homme abandonnait un royaume et le monde entier et qu'il se garde lui-même, il n'aurait rien abandonné. Notre Seigneur a dit : celui qui veut me suivre, qu'il se renonce d'abord à lui-même. Tout en dépend. Veille sur toi-même et là où tu te trouves, abandonne-toi, cela vaut mieux que tout.

Maître Eckhart (1260-1328), Instruction spirituelle, 3



L’auteur

Né Thuringe dans une famille de petite noblesse, Eckhart entre chez les dominicains d’Erfurt. Il étudie à Cologne, où règne l’influence d’Albert le Grand († 1280), puis Paris, où règne celle de Thomas d’Aquin († 1274). Il revient enseigner à Erfurt, puis à Paris, avant d’en être expulsé par Philippe le Bel comme tous les religieux qui refusaient son appel au Concile contre le Pape. Ses années de maturité se partagent entre ses charges universitaires à Strasbourg, Cologne et Paris, ses importantes responsabilités dans l’ordre des prêcheurs, et un ministère de prédicateur et de directeur spirituel, notamment pour en organiser les études. Ses œuvres latines recouvrent son enseignement académique, tandis que ses sermons et traités en allemand révèlent davantage le maître spirituel. Les dernières années à Cologne furent assombries par les suspicions attachées à ses écrits, et qui aboutiront peu après sa mort à une condamnation modérée de la part des papes d’Avignon. Plus que la dénonciation de véritables hérésies, il faut y voir l’hostilité aux dominicains des évêques de Strasbourg et de Cologne. C’est probablement en Avignon que mourut Eckhart, au cours d’un voyage entrepris pour se justifier.


(Extrait du livret
Carême pour les Cancres 2008 - A l’école des saints – Un texte par jour pour marcher vers Pâques, disponible sur www.paroisseetfamille.com)

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