Homélie de Noël

Publié le par AS

Cette année, je ne construits pas de crèche chez moi… d’ailleurs, j’ignore dans quel carton sont cachés mes santons… Nos crèches sont d’abord des aide mémoire : elles nous rappellent que Dieu est venu chez nous dans la fragilité d’un petit enfant et qu’il a tout assumé de notre condition humaine ; ensuite, elles nous invitent à ne jamais oublier nos contemporains, qu’ils soient meunier ou rémouleur, berger ou poissonnière, pistachié ou ravi.

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La crèche véritable n’est pas celle que nous bâtissons, mais celle que nous devenons… elle est là, dans le cœur. Nous avons accueilli cette belle page d’Evangile « Il est venu chez les siens » par cette triple signation : sur le front : que le VERBE, Parole de Dieu, soit présent, qu’Il naisse, dans notre mémoire et notre intelligence ! Sur nos lèvres : que nos paroles de paix et de bienveillance trouvent en elle leur source ! Sur notre poitrine, enfin : que le Christ soit présence dans notre vie, chaque jour ! Et nous Lui disons : « chez moi, Tu es chez Toi ! » Nous espérons être illuminé de sa présence.

J’ai donc une crèche dans le cœur.

Elle y est pour toujours. Inutile de la ranger en fin de saison puis de la rebâtir au prochain Noël ! Il faut seulement la dépoussiérer parfois et l’agrémenter de choses neuves et belles. Elle évolue et je peux y ajouter les signes et les couleurs de notre temps, sans oublier joies et peines qui surviennent. Notre fête ne peut omettre tous les pauvres de la Terre.

J’ai donc une crèche dans le cœur… mais il y a un mur au cœur de ma crèche !

Un MUR solide, élevé, épais, comme une muraille de Chine. De quel côté du mur Dieu a-t-il choisi de naître ? Côté ombre ou côté soleil ? Dieu ne peut pas choisir un camp contre l’autre, un clan plutôt que l’autre… le clan de l’âne contre celui du bœuf ; le groupe des bergers contre celui des mages ; le camp des riches contre celui des pauvres…

Pourquoi les hommes élèvent-ils des murs entre eux ? Pourquoi ces obstacles entre toi et moi ? Ne sommes-nous pas tous frères ? Cependant chacun, plus ou moins est bâtisseur de murs matériels ou virtuels, ingénieurs en clôtures ! Tandis que Dieu, Lui, veut faire de nous un Peuple de Frères, différents sans être ennemis. Sa lumière se destine à chacun, où qu’il soit sur la terre. Dieu vient à nous tous avec la formidable énergie de son Amour éternel et de son enfance : l’énergie de l’Espérance. Alors, dans l’épaisseur du mur, Il ouvre une brèche, un passage, et c’est là qu’Il vient planter sa tente. Il a établi sa demeure au milieu de nous.

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Désormais, il existe une brèche dans le mur qui est au cœur de la crèche de mon cœur. Auparavant, d’un côté c’étaient les ténèbres, et de l’autre la lumière… Par la brèche ouverte, la lumière du Soleil Levant peut entrer côté ombre… elle n’est plus arrêtée par rien ; elle peut briller pour tous ; elle peut réjouir tout homme.

Je me rappelle avec émotion, lors de la chute du mur de Berlin, la modeste silhouette de Mistlav Rostroovitch, assis sur une chaise de cuisine et qui jouait sur son Stradivarius une musique d’Espérance. Sans le savoir il illustrait le texte de Saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens (2/13-18) « C’est Lui, le Christ, qui est notre Paix : des deux, Israël et les Païens, Il a fait un seul Peuple. Il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine… » Chez moi aussi, plus petitement, il existait un passage aménagé dans le mur mitoyen, entre chez nous et chez nos voisins : en cas de bombardement, nous pouvions nous réfugier chez l’un ou chez l’autre. C’était aussi une brèche de l’Espoir.

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Avec les pierres qui sont restées là, dans la brèche qui ouvre le mur au cœur de la crèche de mon cœur, on peut élever une petite murette. Une murette, c’est bien, pas prétentieux, pas un obstacle. On peut y parler, on peut s’y reposer, prendre le soleil ou le frais ; on peut y partager un peu de pain… les enfants aiment à y jouer, courir, sauter… Nous pouvons, nous devrions, transformer les murs de haine en murettes de la rencontre. Laissons les petits enfants jouer sur les murettes… ça leur évitera peut-être un jour d’avoir la tentation de bâtir des murs.

Avec joie, sur cette murette je dépose devant l’Enfant, ses parents et ses amis, quelques fleurs, et la lumière de quelques lucioles pour éclairer, dans la nuit, le sommeil du Petit. Enfin, une guirlande avec ces quelques mots : GLOIRE à DIEU, PAIX aux HOMMES ! Paix à tous les hommes ! Et que chacun ait la joie de découvrir une brèche et une murette de rencontre !

                                          Père Jean-Marie Lefèbvre


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