Vœux du secrétaire du Conseil Presbytéral du diocèse de Gap à leur évêque

Publié le par AS

Monseigneur,

En premier lieu, j’exprime auprès de vous et de mes confrères et des laïcs présents le vif regret d’être absent ce jour de rassemblement. Mes actions à l’étranger sont humanitaires. Je les vis à partir de mon ministère presbytéral. Ils sont pour moi le prolongement à l’extérieur de mon engagement pastoral au sein de mon diocèse.

Ce rassemblement diocésain en début d’année est l’occasion pour les prêtres de vous adresser nos vœux. Nous sommes prêtres, diacres et responsables laïcs de mouvements ou de services d’Eglise au sein du diocèse de Gap. Ces vœux que je formule, sont donc ceux de toute une Eglise, portion infime de l’Eglise universelle pour l’annonce d’une Espérance pour notre monde d’aujourd’hui.

Il est difficile aujourd’hui, comme en d’autres époques d’être chrétien. Le chrétien qui suit sérieusement sa vocation de disciple du Christ est conduit à témoigner au cœur d’une société très indifférente à ce qui le fait vivre. Le chrétien souffre, bien qu’il souffre utilement. Mais accepte-t-il de souffrir pour ce qu’il croit et pour ce que l’Eglise annonce au monde ? Tout homme préfère le bonheur à la souffrance et il est peu attrayant d’inviter des personnes à entrer dans une assemblée qui évoque une mission dure et pénible. Le chrétien peut-il s’attendre à vivre autre chose ? Servir l’Eglise dans une société qui se manifeste de plus en plus fragile, d’une part, qui revendique une autonomie et une liberté d’action d’autre part, devient une œuvre exigeante. Eviter cette exigence est facile. N’est-ce pas alors faire le choix de se protéger derrière un groupe de plus en plus réduit de chrétiens qui deviennent des amis, dont on ne conteste même plus les choix de vie ne témoignant plus de l’Evangile ? Le Concile Vatican II a lui-même pressenti ce déplacement constant que les chrétiens sont conduits à vivre quand il dit : « Il n’est pas rare que les groupes humains parmi lesquels l’Eglise existe, soient complètement transformés pour des raisons diverses ; des situations nouvelles peuvent en résulter. L’Eglise doit alors examiner si ces situations exigent de nouveau une activité missionnaire. » (Ad Gentes, § 6, in Ed. du Centurion p. 549) Dietrich Bonhoeffer (théologien allemand luthérien, pendu sur ordre d’Hitler en 1944) évoquait déjà de manière radicale le risque encouru par les chrétiens vivant dans un monde devenant de plus en plus autonome : « Maintenant, l’Eglise est haïe en raison des lieux qu’elle préfère. Les chrétiens se trouvent là où un certain lien est encore entretenu avec l’époque, révolue, où elle eut un lieu, c’est à dire dans la bourgeoisie et dans un conservatisme inauthentique qui s’accroche à ce qui est périmé. » (Ethique, p. 24) Il nous faut donc sans cesse mettre à jour notre activité missionnaire au sein du monde dans lequel nous vivons.

C’est ce que vous nous avez proposé, Monseigneur. Dans la suite de ce très réussi rassemblement des 15 et 16 octobre dernier, en terme de signe de la vitalité de notre Eglise diocésaine, vous nous invitez à vivre un  « pèlerinage diocésain ». Nous y répondons avec enthousiasme bien que chacun éprouve chaque jour, pour des raisons diverses, les limites de ses possibilités. Le vieillissement des uns et des autres, la fatigue d’années de travail pastoral avec des épreuves liées à la solitude, aux incompréhensions, aux routines ne sont pas les seules difficultés rencontrées. L’écart entre les comportements, les demandes, les besoins réels de nos contemporains et nos propres modes de vie, chrétiens engagés en Eglise dans les Hautes Alpes, est souvent très important. Les prêtres, diacres ou laïcs engagés dans les solidarités avec les plus pauvres ou reliés au monde médical, à celui du tourisme, à la vie des jeunes, en catéchèse ou en Aumônerie scolaire, etc. peuvent témoigner des distances d’appréciation des valeurs sociales et du langage chrétien. Nous souhaitons alors recevoir de vous plus encore et inlassablement la force de l’Espérance qui nous manque encore et les moyens nécessaires pour répondre pleinement aujourd’hui à la mission de notre Eglise.

Vous nous avez déjà offert beaucoup en ces deux années. Votre sens de l’organisation et votre solide expérience en matière de communication améliorent et construisent des liens entre nous ; la revue Eglise de Gap devenue Eglise dans les hautes alpes, la radio RCF ont vécu des étapes importantes de leur parcours au service de l’Eglise diocésaine. Mais vous apportez aussi autre chose que je dévoilerais de manière audacieuse. Vous êtes un homme sensible et vous n’évitez par pour autant le combat. Vous mettez ces deux traits de votre tempérament au service de vos convictions. Cela peut vous conduire à des gestes incompris de certains. Mais tout geste est relié à un corps. Et ce corps qui parle est aussi notre corps sacerdotal, notre corps ecclésial et diocésain. Par cette communion à votre ministère, nous nous réjouissons de marcher avec vous en « eau profonde ».

                  Père Bertrand Gournay
                  Secrétaire du Conseil Presbytéral
                  et recteur du Sanctuaire de ND du Laus

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