Pour des solutions alternatives dictées par l'Amour...

Publié le par AS

Le temps de l’Avent nous a invités à la patience, à prendre le temps de regarder germer le blé déposé près de la crèche en construction, à prendre un temps de réflexion, de maturation avant toute entreprise. Or voici maintenant le temps de l’Incarnation, du passage à l’action et en ce début d’année le temps des résolutions ! Que de résolutions prenons nous chaque année ! à l’heure où l’on évoque sans cesse le « durable », qu’en est-il de nos résolutions ?

« Vivre autrement, pour un développement durable et solidaire » tel était le thème de la 82ième semaine sociale de France qui a eu lieu au CNIT de Paris du 16 au 18 novembre derniers. Lancées dans le prolongement de l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII en 1891, ces journées ont pour but de faire avancer la réflexion sociale, de former les personnes et de sensibiliser l’opinion chaque année sur un thème d’actualité, au plus près des réalités du terrain. La qualité des conférences est à la hauteur de la renommée des intervenants, spécialistes largement reconnus sur la scène internationale.

D’emblée, il est apparu que l’écologie, si elle a pu faire sourire, n’est pas un luxe aujourd’hui. JM Jancovici, polytechnicien a brillamment exposé la croissance exponentielle de la pression que l’homme exerce aujourd’hui sur son environnement. Nous semblons ne pas avoir conscience que par exemple, le pétrole et le charbon sont en stocks finis sur la planète et que ce stock s’épuisera de façon certaine. Les découvertes de pétrole ne cessent de diminuer depuis 40 ans alors que notre consommation est à vitesse croissante. Le  CO2, gaz à effet de serre émis par nos activités reste un siècle dans l’atmosphère avant de s’épurer. Il faudrait diminuer ses émissions de moitié pour que sa concentration dans l’air commence à diminuer. Il y a consensus scientifique sur la question : remettre le système en état n’est plus possible, nous ne pouvons que limiter les dégâts !

Devant ce tableau sombre, que faire ? Que dire ? A quoi bon trier mes déchets, prendre le bus si mon voisin ne le fait pas aussi ? Se dire d’abord que l’inaction coûte plus cher que l’action et que les seules batailles que l’on perd sont celles que l’on engage pas ! Tout est à faire, à inventer ! Le stade de la prise de conscience sur les enjeux est à peine dépassé, la gouvernance sur les questions environnementales est à mettre en œuvre à toutes les échelles : locale, nationale, mondiale. La solution se trouve à la convergence des efforts individuels et collectifs : la modification des comportements, les gestes individuels n’ont de sens que s’ils nous rendent plus exigeants vis à vis des décideurs publics.

La véritable question est semble-t-il pour tous les intervenants qui se sont succédés ces trois jours, une question de modèle de développement. Nous devons réfléchir à la valeur que nous donnons à notre futur. Comment faire projet ensemble tout en ayant des intérêts différents et même opposés ? Nous devons adopter une autre façon de vivre pour que français, brésilien ou chinois, chaque enfant reçoive l’héritage d’une terre vivable, délivrée de la crainte de ne pas durer.

Les chrétiens doivent avoir un rôle moteur dans l’invention de ce nouveau style de vie. Un style qui doit donner une cohérence à la vie, dans laquelle la manière de choisir, plus que le choix lui-même peut-être, dit si la solution est bonne. Les chrétiens doivent se disculper d’avoir à l’invitation du livre de la Genèse cherché à soumettre et à dominer la planète. Ce mouvement de destruction ne vient pas de la Bible mais de l’homme qui veut manifester son pouvoir. Nous devons relire la Genèse et au contraire chercher à être féconds. La Création n’est pas posée une fois pour toutes. Nous pouvons nous y associer.

Si l’imperfection de la nature humaine, pourtant à l’image de Dieu est une évidence, c’est bien que la Création est en train de se faire. Dieu a voulu faire alliance avec nous, alors nous sommes coresponsables dans un projet commun, si nous choisissons le Royaume, nous pouvons devenir source de vie, co-créateur davantage que gardien d’un monde figé. Choisissons véritablement d’être une créature, d’être donc d’agir avec la confiance que Dieu nous aide. « Soyez vigilants ! préférez les voix « alternatives » indiquées par le véritable amour… en recréant une alliance forte entre l’homme et la Terre ». voilà ce à quoi invitait Benoît XVI lors du rassemblement des jeunes italiens à Notre Dame de Lorette en Italie le 2 septembre dernier. Tout un programme !

                      Séverine Amar
                      Professeur au Collège Lycée Saint-Joseph de Gap


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