Homélie de Mgr di Falco pour la Sainte Geneviève

Publié le par AS


Pour écouter l'enregistrement de l'homélie, cliquez ci-après :  


Monsieur le Préfet des Hautes-Alpes,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Procureur de la république,
Messieurs les représentants des autorités militaires,  
Monsieur le Maire de Gap,
Mesdames et Messieurs élus de la nation,          
Mesdames et Messieurs de la Gendarmerie Nationale,
Chers amis,
    
Je voudrais d’abord vous dire ma gratitude de me donner de célébrer sainte Geneviève avec vous ce soir. Notre assemblée est à l’image de notre société. Tous nous ne partageons pas la même foi, les mêmes idéaux, les mêmes engagements politiques. Il y a des croyants, des mal croyants, des incroyants mais tous nous nous retrouvons dans le même respect pour ceux qui souffrent et dans la reconnaissance que nous voulons exprimer à ceux qui, issus de vos rangs, sont morts pour que d’autres vivent.

La société dans laquelle nous vivons aujourd’hui se caractérise par une escalade de la violence. Ici c’est une enseignante rouée de coups par un élève, là une passagère du métro parisien agressée. Là-bas ce sont des représentants des forces de l’ordre sur lesquels on tire avec des armes à feu. Des véhicules brûlent, des écoles et des services publics sont incendiés, des voies de chemin de fer détruites, jusqu’à notre petite gare ici à Gap, surnommée « la capitale douce », qui a été saccagée. 

100-2137.jpg


C’est dans ce contexte quasi apocalyptique que vous devez exercer votre mission. Lorsque j’étais enfant, je me souviens que l’on surnommait ceux qui parmi vous sont chargés de la sécurité sur les routes : « les anges de la route. » Qu’elle est loin cette époque où l’on vous regardait comme des alliés, comme des amis chargés de veiller sur les usagers de la route. Aujourd’hui le regard est bien différent, fait de méfiance. N’est ce pas une illustration que, d’une action qui se situait plutôt au niveau de la prévention, celle-ci a progressivement basculée vers la répression à cause des circonstances difficiles dans lesquelles vous devez exercer votre métier. 

L’individualisme fait roi, le désir d’avoir tout et tout de suite, le démantèlement de la famille, la perte des repères, l’absence de l’autorité paternelle, une conception irresponsable de la liberté, le peu d’influence de toutes les institutions, y compris celle des religions,  la crise de confiance à l’égard du monde politique, des médias, des élites, le chômage, la grande pauvreté dans laquelle vivent de nombreuses familles. Autant de causes qui font reposer sur vous des dysfonctionnements de notre société qui vous demande de suppléer aux carences dont je viens de parler.  Ainsi, il est ensuite facile de faire de vous des boucs émissaires.

Il n’y pas que cela. Loin de moi l’idée de tenter de justifier l’injustifiable ou de chercher je ne sais quelle excuse aux actes de violences. Mais la violence naît de la violence. Celle d’un génération de jeunes qui fait des études et qui parvenu à leurs termes ne parvient pas à trouver un emploi après des mois parfois des années de recherche. Cela aussi est vécu comme une violence, et le désespoir peut conduire à la violence. La violence naît de la violence. Celle d’une génération de jeunes qui n’a jamais vu ses parents travailler, devant lesquels toutes les portes se ferment à cause de leurs origines ou de la couleur de leur peau. Est-ce de leur faute s’ils ne sont pas capables de distinguer le bien du mal ? La violence devient alors un cri de désespoir et de détresse.  Dans ces cas la lorsqu’on parle de retour à l’ordre il serait préférable de parler de retour au calme et au désordre établi générateur de violence.

100-2146.jpg


Dans ce contexte, souvent pour ne pas reconnaître leurs propres responsabilités, certains seraient tenter de rendre votre institution responsable de cette évolution. Nous le savons bien, les causes sont à chercher ailleurs. Votre institution est victime de cette montée de la délinquance et de la violence, elle n’en est pas coupable. 

Nous chrétiens, nous sommes invités à reconnaître le visage du Christ dans ceux qui croisent notre chemin. C’est parfois bien difficile et tout particulièrement pour vous qui voyez passer  les malheureux d’ici bas comme le Christ les fait défiler dans son évangile. 

Que de souffrances dont nous ne soupçonnions pas l’existence ! Que de misères humaines soudain révélées ! Est-il possible qu’il y ait tant de souffrances ? Le Seigneur nous en fait prendre conscience. Le chrétien est quelqu’un qui sait qu’il y a plus de défavorisés que de comblés en cette vie. 

Malheur au chrétien qui ne sait pas voir autour de lui et porter secours ! Nous sommes entourés de personnes éprouvées d’une façon ou d’une autre. Notre foi nous suggère que le Seigneur veut transmuer ce déluge de douleur en fleuve du salut. Et c’est pourquoi le spectacle de tant de misère, loin de décourager le chrétien, doit le remplir d’espérance, le pousser au dévouement. Il y a tant à faire là où on imagine qu’il n’y a rien à faire ! C’est alors qu’il y a tout à faire.

100-2157.jpg


Devant un délinquant de quel ordre que ce soit, devant un être qui n’a plus d’humain que le nom, nous ne sommes pas en présence d’une ruine, d’une épave, d’une faillite, d’un échec définitif. La foi nous met en présence du Seigneur lui-même. Le Christ de la passion sans doute, défiguré, couvert de crachats et de sang, mais surtout le Christ de la Résurrection, source d’espérance et de salut de tout homme.

Hier au soir, tout en préparant ce que j’allais vous dire, je suivais du coin de l’œil une émission de télévision sur les enfants autistes. Comment reconnaître la présence de Dieu dans tant de souffrance et de détresse ? Cependant… et cependant que de beaux témoignages d’amour et de tendresse de la part des parents, des frères et sœurs. Quelle grandeur, quelle profondeur, quelle sérénité que d’espérance qui se sont révélées dans l’épreuve, que l’épreuve elle-même a façonnée.
 
Pour celles et ceux ici présents ce soir qui partagent la même foi il est sans doute souvent difficile de faire une lecture chrétienne des événements auxquels ils sont confrontés. 

Comment reconnaître le visage du Christ chez l’homme coupable des pires violences ? Comment reconnaître le visage du Christ chez la mère qui est la complice silencieuse de ceux qui martyrisent son enfant ? Comment reconnaître le regard du Christ dans celui plein de haine qui se pose sur vous lorsque vous vous rendez dans certain quartier ? Comment reconnaître la présence du Christ dans toutes les souffrances que votre mission vous amène à côtoyer ? Comment ne pas douter ? Comment ne pas se décourager ? Comment ne pas se révolter ? 

100-2167.jpg


La profession que vous exercez vous place au cœur de la cité, au cœur de l’histoire des hommes. Cela fait toute la grandeur de votre mission et aussi ses difficultés. Ce que vous faites, ce que vous êtes est méconnu, trop méconnu par la société. Comme toutes les institutions, vous devez parfois subir la détérioration de votre image dans l’opinion à cause des défaillances d’une minorité de quelques-uns d’entre-vous. Pourtant, vous le savez bien, votre présence est indispensable au bon fonctionnement de la société malgré le côté ingrat de votre tache. J’ai été le témoin privilégié de votre dévouement et de votre humanité l’été dernier lorsque j’ai côtoyé quelques-uns d’entre vous lors de la disparition du petit garçon d’une famille de gens du voyage. 

Au cours de cette célébration où nous allons aussi prier pour ceux qui ont donné leur vie dans l’accomplissement de leur mission demandons au Seigneur Jésus-Christ de savoir le reconnaître dans les plus douloureuses des situations, chez l’individu ayant commis les actes les plus méprisables. Et lorsque cela vous paraîtra difficile voire impossible souvenez vous alors des pèlerins d’Emmaüs que le Christ accompagnait sur la route bien qu’ils n’aient pu le reconnaître.

                                + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
                                   Evêque de Gap

Publié dans Actualité

Commenter cet article