Pierre Ferraris, premier diacre permanent pour les Hautes-Alpes, fête ses 25 ans de diaconat

Publié le par AS

« Il y a plusieurs types de rencontres. Il y a les rencontres banales du genre « Comment allez vous » ? Mais nous n’écoutons pas la réponse… La plupart de nos rencontres sont superficielles, le contraire de l’authenticité. Mais il y a aussi les rencontres authentiques, qui sont un croisement de routes qui rejaillit en rencontre de soi-même. Elles découvrent ce qu’on portait en soi, caché, l’aspiration réelle de notre être intérieur. Même brèves, elles sont déterminantes, elles sont voulues par Dieu, elles unifient notre être, elles nous font vivre.

Rencontrer quelqu’un, c’est aller vers lui, se proposer d’entrer en relation avec lui. Rencontrer l’autre, c’est l’accueillir, le respecter, le recevoir pour ce qu’il est : un frère avec qui l’on partage. On ne le dira jamais assez, Dieu cherche la rencontre avec les hommes, Dieu veut vivre avec nous. Il nous cherche, il nous aime et veut notre bonheur. Personne ne lui est indifférent. Il ne juge personne indigne de lui. Pour les pêcheurs, ce n’est pas le malheur qu’il désire mais leur conversion. Il souhaite le retournement de leur regard et de leur cœur.

Elles sont merveilleuses ces paroles, extraites du livre de la Sagesse, «  tu as pitié de tous les hommes, tu fermes les yeux sur leurs péchés pour qu’ils se convertissent ; tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres, tu épargnes tous les êtres parce qu’ils sont à toi ». Comment a-t-on pu fabriquer l’image d’un Dieu sévère et vengeur ? Ce n’est peut-être qu’en retenant que quelques passages de l’Ancien Testament et en fermant les yeux sur ceux qui parlent d’un Dieu Amour et Miséricorde, qui est lent à la colère et empressé à pardonner. L’authentique et ultime image de Dieu, c’est le Christ qui nous la donne. Jésus est celui qui va à la rencontre du pécheur, du pauvre, du malade, du malheureux. Il est celui qui laisse là ses 99 brebis pour aller à la recherche de la centième qui s’est égarée.

L’Evangile nous a rappelé la rencontre de Jésus avec Zachée. Il aura suffit d’un mouvement de la part de cet homme riche pour que tout se précipite. Zachée est complètement transformé par le regard et la proposition de Jésus : « Descends vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi ». Il aurait pu tout imaginer, le pauvre Zachée, mais pas cela. C’est au-delà de toutes ses espérances. Voilà comment est Dieu, voilà comment agit le fils de Dieu.

Dieu nous cherche donc, il nous cherche parce qu’il nous aime. Mais il ne s’impose pas, il ne force personne à l’aimer. Il ne le veut pas, il ne le peut pas, cela n’aurait aucun sens. L’Amour ne s’impose pas. En venant à nous, Dieu ne force donc pas notre porte, il vient jusqu’à nous et il attend.

Zachée cherchait Jésus, il voulait le voir. En s’approchant de Jésus, il se rendait vulnérable à son amour. Il comprend qu’il existe pour un autre et simultanément il accueille cet autre qui lui a rendu sa dignité de personne humaine. « Le salut est arrivé ». Zachée entre dans la vie du Christ comme le Christ est entré dans la sienne et il est converti et il répare les injustices commises.

Frères et sœurs, l’histoire de Zachée peut donc être aussi la notre. Elle peut l’être dix fois, vingt fois, cent fois car on n’a jamais fini de rencontrer le Christ. Jours après jours, il vient vers nous et nous avons à aller vers lui. Il nous cherche et nous avons nous aussi à le chercher. Il s’invite chez nous et il nous appartient pour l’accueillir de devenir des hommes et des femmes au cœur converti.

Lorsqu’il est question de conversion et d’attachement au Christ, les mots ne suffisent pas. Il faut passer aux actes. Les actes confirment la conversion et authentifient l’attachement au Christ « je fais don au pauvre de la moitié de mes biens et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus ». Voila pour ce riche qu’était Zachée un signe authentique de conversion.

Nous avons aussi de dimanche en dimanche à trouver ces gestes, qui, au sortir de l’Eglise, témoigneront que le Christ est venu chez nous et que nous l’avons réellement accueilli.

Vous savez mon attachement à Marie, alors je lui fais un petit clin d’œil : c’est par Marie que l’incarnation réalise la rencontre par excellence de Dieu et de l’homme. A cette rencontre, elle apporte son consentement et sa disponibilité au nom de toute l’humanité, pleinement accueillante à Dieu, mue par l’esprit, elle est aussi pleinement accueillante à ses frères. Toujours prête à aller à leur rencontre. Elle se met en route dès l’incarnation pour aller rencontrer Elisabeth et se mettre à son service, et dans la joie lui apporte la présence du Seigneur. A l’exemple de Marie et avec son aide, apprenons à ouvrir notre cœur, à témoigner de la présence du Christ en nous et à la reconnaître en nos frères.

Aujourd’hui c’est jour de fête pour moi, et c’est une rencontre particulière avec le Seigneur à l’occasion de mes 25 ans d’ordination. En effet, j’ai été ordonné diacre le 7 novembre 1982 à la collégiale de Briançon par Monseigneur Seguy, et rappelez vous, pour ceux qui étaient présents, il faisait froid et il neigeait ! Mais cela n’a rien enlevé à la fête.

J’ai été le premier diacre du diocèse. 25 ans, cela parait long et court à la fois, c’est vrai que lorsqu’on vient d’être ordonné, on se dit « 25 ans c’est loin… », c’est du futur, il va y avoir pas mal d’eau qui va couler sous les ponts. Il y aura des remises en question, des solutions à trouver, des apprivoisements prêtres-diacres, bref toutes questions qui surgissent quand quelque chose de nouveau arrive, et je dis c’est normal. Il faut laisser le temps faire son travail. Il faut du temps au temps pour que le nouveau prenne sa place, on n’est pas menuisier ou mécanicien, ou cuisiner, du jour au lendemain, il y a tout un apprentissage. C’est la même chose pour le diacre : on devient diacre tous les jours un peu plus.

25 ans après, le temps a vite passé, je n’ai pas fait tout ce que j’aurais dû faire, je n’ai pas fait tout ce qu’on attendait de moi, mais rassurez-vous, il y a eu aussi de grands moments de joie : l’arrivée dans notre diocèse de Michel Heudes (frère Martin), à Notre Dame du Laus en 1997, l’ordination de Philippe Castagno en 2001, d’Hugues Chardonnet et Michel Gruere, en 2006, de Jean-Pascal Casanova en 2007. J’espère que d’autres Chrétiens entendront l’appel du Seigneur pour servir l’Eglise et ses frères, et puis il y a eu les grands moments vécus à Notre Dame du Laus, avec lui, le père Félix Caillet et les prêtres du diocèse, une nouvelle dynamique est insufflée dans notre Eglise.

Je dois un merci particulier à ma famille et surtout à mon épouse Anne-Marie qui m’a toujours soutenu, aidé, conseillé, pendant ces 25 ans. Grâce à elle, j’ai grandi dans ce qui fait l’être du diacre, humilité, simplicité et fidélité, merci.

…et merci à vous tous qui êtes venus à cette messe d’action et de grâce. Amen »

                               Pierre Ferraris
                               Diacre pour le diocèse de Gap

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