Les gendarmes fêtent la Sainte-Geneviève à Embrun

Publié le par AS

Homélie du Père Félix Caillet, Vicaire Général (photos de Gaston Willems)

Le rapprochement des lectures prévues par la liturgie pour chaque jour avec les événements du quotidien  ne s’invente pas.   Le jour où vous, hommes et femmes de la Gendarmerie, vous honorez votre sainte patronne, sainte Geneviève, la parole de Dieu vous engage à aller sur les routes. Y aurait-il besoin de cette Parole pour que vous alliez sur les routes ? Seulement, entendez tout ! N’oubliez pas la suite : « Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, chassez les démons ». 

 
Le Père Jean-Pierre Oddon, curé d'Embrun, et le Père Félix Caillet, Vicaire Général
 

J’imagine qu’aucun de vos supérieurs hiérarchiques ne vous précise ainsi votre mission ! Mais aux baptisés que vous êtes, le Seigneur confie cette mission de salut : aider l’être humain à grandir en humanité, être signe du Royaume des Cieux promis   qui déjà est annoncé et dont les germes sont visibles.  Vous comprendrez que votre présence alors est toute autre que celle d’un simple radar automatique emprisonné dans sa gangue métallique avec qui on ne peut pas échanger deux mots.  Proclamer la Bonne Nouvelle et guérir toute maladie, c’est se souvenir que l’autre est toujours plus qu’il ne paraît, il est plus qu’un fautif, il est plus qu’un répressif, il est plus qu’un délinquant, il est plus qu’un uniforme, il est une personne, il est un être humain  même s’il en a pas conscience !

 
Des gendarmes du PGHM venus apporter la corde et le piollet au cours de l'offertoire en mémoire de tous les secours portés et de leur collègue mort en montagne au cours de l'année

 

Les gendarmes du PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne) et tous ceux qui participent au secours le savent. En ces moments-là, on ne se pose pas de questions sur la personne, c’est une vie à sauver ! Point !  Respecter l’irrespectueux, croire en qui semble à jamais perdu, comprendre ce qui dépasse le rationnel, aimer celui qui ne l’a jamais été, apaiser le révolté, ouvrir le violent au pardon… c’est le chemin d’aujourd’hui pour aller vers les brebis perdues d’Israël d’hier, vers celles de nos sociétés modernes aux multiples blessures. Se regarder comme des personnes, dignes d’un infini respect, approcher l’autre avec le cœur du Christ, c’est le premier pas de toute évangélisation. C’est l’expression de la gratuité de l’amour : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ».

 

La gendarmerie a choisi comme saint patron, une femme, sainte Geneviève. La première lecture évoquait une autre femme, d’un autre siècle : Judith. C’était au début du 6ème siècle avant notre ère, au temps du célèbre Nabuchodonosor. Le roi d’Assyrie a projeté d’étendre sa domination sur le Moyen Orient. Un chef de guerre, Holopherne assiège Béthulie, une ville difficilement localisable : Est-ce Bethel dont le nom signifie la maison de Dieu ? Est-ce Betuel ? Mais Betuel se situe plus au sud dans le Neguev… Est-ce un nom donné à Sichem pour ne pas choquer les habitants de Samarie ? Peut-être. Toujours est-il que les points d’eau sont coupés. Le peuple d’Israël est acculé à une reddition. Il reste cinq jours pour sauver la ville.  Une femme va intervenir. Une Geneviève d’avant l’heure, une jeune veuve.

 
Le vice-président du Conseil général, le conseiller général président du service département incendie et secours, le commandant de la compagnie de Briançon, le sous préfet de Briançon et Madame le Maire

 

Elle est jeune, belle et riche, (ce qui ne gâche rien !), pieuse autant que décidée. Elle va reprocher aux Anciens leur manque de confiance.  Et tenez-vous bien !  Cela non plus, on ne l’invente pas ! Elle va faire de l’infiltration chez l’ennemi. Elle séduit Holopherne et le 4ème jour, profitant de son ivresse, va lui trancher la tête et revient à Bethulie. Alors, Israël va connaître la paix et Judith va reprendre simplement sa vie toute ordinaire de jeune veuve. Ce que la force n’aurait pas permis, la confiance d’une femme l’aura construite, la paix. Tel est aussi le message de cette référence à sainte Geneviève.

 
A droite, le lieutenant commandant la brigade d'Embrun

 

Avec Holopherne, les hommes étaient coupés des sources qui coulaient paisiblement au pied de la colline. L’être humain ne peut vivre sans source. Ainsi, c’est bien auprès de votre conjoint et de vos enfants que vous, hommes et femmes gendarmes, vous vous ressourcez. Près d’eux, vous redécouvrez que l’être humain peut être tendresse, pureté, joie de vivre, vérité sans détour. Dites à vos enfants que ce sont eux qui vous rappellent que l’être pétri d’humanité existe. Ce sont eux qui vous permettent de continuer de croire en l’homme. Sachez leur dire merci en les serrant dans vos bras. Ils vous rappellent que chacun vaut mieux que ses faiblesses, ses lâchetés et ses erreurs, que le pardon mène l’amour à sa plénitude.

 
Le Père Félix Caillet au cours de l'homélie

 

Alors, avec cette force au cœur, à la suite du Christ, allons parcourir toutes les villes et tous les villages  (et pour cela, pour cela uniquement, à toute vitesse !), proclamer cette Bonne Nouvelle : l’homme est sauvé en Jésus-Christ. Pouvoir vous est donné d’expulser les esprits mauvais et guérir celles et ceux que le Seigneur met sur votre route.  Re-suscitez la vie, chassez les vieux démons ! 

Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

                                  Chanoine Félix CAILLET
                                  Vicaire Général

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