Hommage à Jean-Paul II à Notre-Dame de la Garde

Publié le par AS

Discours de Mgr Jean-Michel di FALCO LEANDRI à l’occasion de l’inauguration de la plaque commémorant le passage à Marseille, en 1947, de l’abbé Karol WOJTYLA, futur pape JEAN-PAUL II

Basilique Notre-Dame de la Garde – Marseille
Dimanche 21 octobre 2007


Monsieur l’Administrateur de la Fondation Jean-Paul II,
Monsieur le Recteur de la Basilique Notre-Dame de la Garde,
Chers amis,

Monseigneur Georges Pontier, archevêque de Marseille, aurait vivement souhaité présider cette cérémonie. En déplacement à l’extérieur de son diocèse, il ne peut être des nôtres mais il m’a chargé de vous transmettre l’assurance de son union de pensée à l’occasion de l’inauguration de cette plaque commémorative que nous venons de dévoiler.

Conçue à l’initiative du Cercle des Amis de France de la Fondation Jean-Paul II et du Recteur de la Basilique Notre-Dame de la Garde, le Père Raoul Sara, elle est l’œuvre d’artistes et d’artisans qui ont réussi à exprimer, avec talent, la beauté et l’unité des sentiments qui accompagnent tout hommage au pape Jean-Paul II.

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Très heureux de revenir dans ma ville natale et dans le quartier de ma jeunesse pour cette occasion, je remercie, tous ceux qui ont contribué à la réalisation de la plaque commémorative, et tout particulièrement les membres et amis de la Fondation Jean-Paul II pour leurs efforts pour transmettre aux générations futures l’enseignement du Saint Père. Le pape Benoît XVI disait, l’an dernier, que leur action est vraiment prometteuse car elle touche déjà au mystère de la sainteté du Serviteur de Dieu Karol Wojtyla.

Cet ouvrage, placé au pied de la Basilique Notre-Dame de la Garde, consacrée en 1864 sur l’emplacement d’un petite chapelle édifiée en 1214, s’inscrit dans la tradition séculaire d’installation d’ex-voto, continuité nécessaire entre le passé et le présent, en ce lieu de pèlerinage, à la Bonne-Mère qui domine la ville, le port et la mer. Il appellera les nombreux visiteurs du sanctuaire à se souvenir de Jean-Paul II, souverain pontife exceptionnel et novateur, qui a conduit l’Eglise catholique pendant 26 ans. Croyants et non croyants ont reconnu en lui un défenseur de la liberté, un avocat infatigable de la paix et du dialogue entre les religions, un humaniste qui aura contribué à changer le cours de l’histoire.

Ce soir, revenons à l’abbé Karol Wojtyla qui le 7 juillet 1947 débarqua à Marseille du bateau venant de Civitavecchia, le port de Rome. Avec le consentement et l’aide financière du cardinal Sapieha, archevêque de Cracovie, il débutait ainsi un voyage d’étude pendant les vacances d’été entre les deux années universitaires qu’il passa à Rome. Le 3 juillet, il avait obtenu sa licence en théologie à l’Université pontificale Angelicum, avec la note maximale de 50/50. Il y achèvera ses études par le doctorat en 1948. A Rome, il vivait au Collège belge où il enracina son sacerdoce, jour après jour, dans l’expérience de la ville éternelle. Le Collège belge lui permettait, en effet, de découvrir de nouvelles formes d’apostolat qui se développaient alors dans l’Eglise.

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Ainsi, le Père Josef Cardjin, fondateur de la Jeunesse ouvrière chrétienne et futur cardinal, y séjournait de temps à autre, pour rencontrer les prêtres étudiants et pour parler de l’expérience humaine particulière qu’est le travail manuel. Karol Wojtyla y était préparé, dans une certaine mesure, par le travail qu’il avait fait dans une carrière de pierre et dans l’atelier d’épuration d’eau de l’usine Solvay. Dans son livre autobiographique « Ma vocation don et mystère », Jean-Paul II a écrit qu’à cette époque, il eut la possibilité de comprendre plus à fond combien le sacerdoce est lié à la pastorale et à l’apostolat des laïcs. « Entre le ministère sacerdotal et l’apostolat des laïcs, il y a, écrit-il, un rapport étroit, et même une complémentarité ».

Il voulait venir à Marseille pour connaître de près l’aventure des prêtres- ouvriers. Son objectif était de rencontrer l’équipe des prêtres-dockers du port de Marseille, ce qu’il fit le 7 juillet 1947. Il avait entendu parlé du Père Jacques Loew, un dominicain, qui depuis 1942, travaillait comme docker. En 1945, Mgr Delay, évêque de Marseille, lui avait confié avec quelques prêtres et religieux, la paroisse Saint-Louis à la Cabucelle, au nord de Marseille. L’originalité de ce projet se situait dans l’union recherchée entre vie paroissiale et vie missionnaire en milieu ouvrier.

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En cette période d’après-guerre, les tâches de reconstruction devaient être menées malgré les restrictions budgétaires : lancement du projet destiné à réparer le désastre qui s’était abattu sur le Vieux-Marseille, réparation d’immeubles endommagés, ouverture de chantiers nouveaux dont la Cité radieuse imaginée par Le Corbusier. Le contexte politique français était alors empoisonné par les tragiques événements qui eurent pour cadre Madagascar, l’aggravation du conflit en Indochine et le début de la guerre froide. En 1947, Marseille connut des mouvements de grève d’une grande ampleur, provoqués par la hausse des prix. En novembre, le climat social se dégrada encore et de graves incidents éclatèrent, en ville, entre manifestants et forces de l’ordre.

En ces circonstances, le Père Loew était douloureusement ému en voyant le degré d’indifférence religieuse de la population ouvrière. En travaillant au port, il avait l’espoir d’être en contact avec le peuple, nourrissant un désir d’apostolat missionnaire par la parole et par l’exemple. Sa tâche était double, car il accomplissait, aussi parfaitement que possible, sa charge paroissiale. C’est, en particulier, sur cette expérience marseillaise que l’abbé Karol Wojtyla est revenu dans un article, intitulé « Mission de France » et qu’il publia en 1949, en Pologne.

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A propos du témoignage, il écrit :
« Le prêtre, c’est l’homme qui offre, avec le Christ et par lui, chaque parcelle de la peine des hommes, de leur travail, au Père des cieux. C’est pour cela justement qu’il se trouve dans ce milieu, pour y transformer la pulsation même de sa vie dans la valeur infinie du sacrifice du Christ. Cela, il doit l’accomplir, non seulement par le sacrifice non sanglant de la sainte Messe, mais également en liant ce sacrifice, de façon très personnelle, avec tout ce que son milieu est susceptible d’offrir au Père des cieux. Outre cela, le travail commun arrive à vaincre l’hostilité, tisse des liens par le métier vécu ensemble, par une certaine communauté d’intérêt et de vie, et ouvre la voie à l’action apostolique »
(fin de citation).

L’abbé Karol Wojtyla a beaucoup réfléchi à ce qu’il avait vu à Marseille, puis ensuite, durant le même été, lorsqu’il a poursuivi son voyage à Lourdes, Paris, Lisieux, dans le Nord de la France et ensuite en Belgique, chez les mineurs émigrés polonais de la région de Charleroi, en Hollande et au Luxembourg. Ainsi, des points de vue différents et complémentaires, se révélaient toujours mieux à lui. L’Europe occidentale, l’Europe de l’après-guerre, l’Europe des admirables cathédrales gothiques était en même temps l’Europe menacée par le processus de sécularisation. Il comprenait le défi que cela représentait pour l’Eglise, appelée à faire face à ce danger par de nouvelles formes de pastorale, ouvertes à une présence plus importante du laïcat comme cela sera déclaré solennellement lors du Concile Vatican II.

Le voyage, qui amena Karol Wojtyla et son collègue Stanislas Starowieyski, ici en juillet 1947, fut le signe d’une ouverture à une perspective européenne plus large de deux jeunes étudiants polonais à Rome. Tout aussi initiatique que ceux d’un Jack Kerouac aux Etats-Unis ou d’un Ernesto Guevara à travers l’Amérique latine, leur voyage est une préfiguration des périples de Jean-Paul II, pape pèlerin. Le chrétien n’est-il pas, par vocation, un pèlerin, sa patrie n’est pas de ce monde et sa demeure est ailleurs. Depuis Abraham, le Seigneur a fait de nous des gens du voyage, des marcheurs de Dieu comme Moïse ou Marie. Jésus dans l’Evangile est toujours en chemin. Il invite à sa suite : « Viens et suis-moi ! ».

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Karol Wojtyla, dès les premiers pas de son pontificat a ouvert une route pour suivre le Christ dans la confiance : « N’ayez pas peur ! ». Sa vie est un itinéraire vers son Dieu, ce Dieu qui l’a appelé et, plus encore, l’a appelé à témoigner. Il dit :
« Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme, et lui seul le sait ».
Son exemple est simple, il nous propose une vie chrétienne accomplie comme un itinéraire de foi. Il n’impose pas, il invite à suivre le Christ. Il entraîne l’Eglise à se mettre en chemin, sans se replier sur elle-même. Il faut se rendre où Jésus nous attend. Oui, se rendre en un lieu mais aussi pour le chrétien « se rendre » à la manière militaire  « se laisser prendre » par le Christ car, sans cela, le chrétien est fragilisé par sa suffisance et ses pas s’arrêtent en route. Il faut apprendre à se rendre, par la prière, la pénitence, l’affermissement dans la foi, l’action de grâce et le partage.

Le monde d’aujourd’hui a instauré la terrible tyrannie du doute, riche de ses découvertes et de ses possibilités et pauvre de Dieu. Dieu est parfois le grand inconnu même s’il est inscrit au plus profond de chaque être. La vie de Jean-Paul II nous est ouverte, de son début à son terme, comme un pèlerinage à partager. Il nous fait rejoindre une communauté en marche.

Aujourd’hui, chers amis, nous nous sommes déplacés vers la Vierge Marie, la Bonne Mère, dans ce sanctuaire où l’action de grâce est une visitation et où la dévotion évangélisée immerge dans un étonnant mouvement de rencontre. L’abbé Karol Wojtyla est venu lui confier ses intentions de prière. Sa dévotion à la Mère de Dieu est un des aspects les plus importants de sa vie mystique qu’il nous ait laissé en héritage « Totus tuus » « Tout à toi ». En cette journée mondiale des missions sur le thème « Toutes les Eglises pour le monde entier », les communautés chrétiennes renouvellent leur réponse à l’appel du Christ à diffuser son Royaume jusqu’aux extrémités de la planète. Que la Vierge Marie, qui a accompagné avec une sollicitude maternelle le chemin de l’Eglise naissante, guide nos pas, comme ceux de Karol Wojtyla, il y a soixante ans, et nous obtienne une nouvelle Pentecôte d’amour.

Je vais maintenant bénir la plaque commémorative puis nous prendrons le temps de prier, n’est ce pas une des plus grandes joies pour le chrétien ?

                           + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
                              Evêque de Gap

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