Homélie de Mgr Renato BOCCARDO

Publié le par AS

Dans la lecture que nous venons d'écouter, l'apôtre Paul concentre notre attention sur le mystère et la personne de Jésus, l'Homme qui donne un sens à la vie de tout homme. Nous sommes tous appelés à lui et par lui nous entrons dans le mystère de Dieu.

En effet, dans ses lettres l'apôtre rappelle à plusieurs reprises le sens de la vie comme vocation, nous révélant que nous sommes venus de Dieu, que Dieu nous à faits pour lui et qu'il nous a inscrits dans un dessein mystérieux qui, en lui rendant gloire, en même temps nous sauve.

Il s'agit là d'une vérité à assimiler profondément afin que, en vivant dans une saison de l'histoire où tout le monde fait des projet et en parle, il ne nous arrive pas d'oublier le projet de Dieu ou même de faire passer nos projets avant le sien. Quand cela s'avère, l'homme perd le sens de sa propre vie et s'enferme dans son égoïsme orgueilleux oubliant que, tout seul, il n'arrivera jamais à trouver la raison de son existence. En réalité, quelqu'un la lui a donnée et l'a inscrite dans toutes les fibres de son être et pour tous les jours de sa vie.

Nous sommes appelés par Dieu. Cet appel devient multiforme dans la sagesse et la puissance du Seigneur : chacun de nous a une vocation à laquelle être fidèle, une vocation qu'il faut aimer pour laquelle nous devons chaque jour rendre grâce à Dieu, en tirant du remerciement la grâce et la force de la fidélité.

Nous sommes aidés à le croire non pas seulement par la grâce reçue du Christ dans le Saint-Esprit, mais aussi par l'exemple de Marie, celle qui est bienheureuse pour avoir cru.

Personne se sait quels étaient les projets de Marie : l'Evangile n'en dit rien. Il est beau alors de penser que Marie n'avait point de projets, qu'elle s'était mise dans les mains de Dieu en sachant que ces mains bénites l'auraient guidée et accompagnée.
Quand le Seigneur se présente dans sa vie, la Vierge est comme foudroyée par une lumière nouvelle, par un dessein divin qui se manifeste subitement et dans lequel il y aune place pour elle, une place en même temps terrible et merveilleuse : elle sera la mère de Dieu ! A ce dessein elle répond "oui" parce qu'elle croit d'une manière exemplaire.

Il s'agit d'une foi qui devient vie, d'un engagement envers Dieu – qui la remplit de lui avec une maternité divine -, et d'un engagement envers les frères – comme nous le montre la visite qu'elle fera à sa cousine Elizabeth.

En vivant sa foi, Marie s'abandonne à l'initiative de Dieu. Il entre dans sa vie d'une façon ineffable et elle est envoyée aux hommes d'une façon salvifique, avec une présence faite d'un silence qui vaut beaucoup plus que toutes nos paroles, d'une adoration qui vaut beaucoup plus que toutes nos prières, d'une disponibilité et d'une générosité qui deviennent pour nous des exemples à imiter.

C'est bien pour cela que le Laus existe. Dame Marie dit en effet à Benoîte : "J'ai demandé le Laus à mon Fils et il me l'a accordé… beaucoup de pécheurs et de pécheresses s'y convertiront" (Gaillard, Histoire, p. 59, XXII). Et dans le recueil de documents concernant l'histoire de ce lieu il est écrit : "Tel est le bon plaisir de la très Sainte Mère de Dieu de réserver ainsi ses prédilections pour le sanctuaire du Laus, d'y verser habituellement et avec abondance la grâce de conversion qui n'est qu'ordinaire ailleurs, d'y accorder des prodiges à ceux qui l'invoquent avec confiance" (Sommaire, p. 614, XVII). Depuis 1664, le Laus est devenu ainsi un des hauts lieux où la miséricorde de Dieu touche le cœur des hommes, attirés par "la bonne odeur" de la sainteté et de la vérité.

Il nous faut comprendre exactement qu'est-ce que cela signifie que la présence de Marie dans notre vie. Pour nous le chemin du salut n'est pas encore totalement achevé, nous sommes sur la route tous les jours, avec notre effort d'abandonner les voies du péché et de marcher, à la suite du Christ, dans la lumière, la vérité et l'amour. Ce pèlerinage vers Dieu nous demande une mutation radicale d'orientation, d'espoir, de désir, d'intérêt, et il fait que, tandis que le péché nous lie à la terre, nous puissions tendre vers le ciel et ver le Royaume du Seigneur.

C'est l'appel à la conversion, qui retentit ici avec une urgence toute particulière et se manifeste par les nombreuses guérisons physiques et spécialement morales, grâce à la célébration du sacrement de réconciliation ou par les onctions de l'huile de la lampe appliquées avec foi, selon le conseil que la Vierge elle-même donna à Benoîte.

La présence de la Vierge dans la première page de l'histoire de l'homme – comme nous le rappelle le livre de la Genèse (cf. Gen 3,15) – est le signe de la miséricorde de Dieu ; la présence de Marie au Calvaire (cfJ n 19, 25-27) est encore le même signe : elle est là pour consentir l'holocauste de son Fils, pour imiter le geste même du Père qui "a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3,16). Marie aussi a tellement aimé le monde qu'elle lui a donné son Fils.

Les apparitions de Marie, reconnues par l'Eglise, sont comme la "prolongation" de cette présence : elle continue de croiser les chemins des hommes pour leur donner Jésus, pour leur rappeler ses paroles. Car "les miséricordes de Marie sont inépuisables … La tendresse que la Mère de Dieu a pour les pécheurs … lui fait employer tous les moyens pour leur faire quitter le péché" (Peytieu, Mém. Just. p. 428,3).

La Vierge est toute proche de Jésus, et elle l'est spécialement pour donner une dimension plus compréhensible, humainement parlant, à la miséricorde du Seigneur. Y a-t-il quelqu'un qui puisse penser à Marie non miséricordieuse ? Y a-t-il quelqu'un qui ne lise la vie de la Vierge comme une existence dans laquelle déborde le mystère la miséricorde de Dieu ? Marie nous comprend comme personne ne le fait ; elle nous accueille et console.

Nous sommes montés au Laus justement pour témoigner de cette présence discrète et aimante qui nous fait goûter la douceur de nous sentir de la famille de Dieu, et nous fait renouveler notre foi aussi. "Etre de la famille du Seigneur" n'est pas une formule que nous traînons derrière nous, comme appartenant à une tradition désormais vidée de contenu ; c'est l'expression d'une réalité qui est toujours vivante et qui, bien plus, se renouvelle chaque fois et acquiert une intensité toujours plus profonde et plus salutaire. Nous remercions donc Dame Marie, qui s'est rendue présente parmi ses enfants.

Combien de monde est passé ici devant elle depuis le XVIIème siècle ! Nous voudrions l'interroger et lui demander qu'est-ce qu'elle a vu et entendu. Chacun avait quelque chose de spécial à lui confier : ses soucis, ses peines, ses espoirs et son action de grâce, sa famille et tous ceux qu'il porte dans le cœur, l'Eglise qui veut suivre fidèlement son Seigneur et le monde qui continue de souffrir.

Marie a vu tout cela avec ses yeux et son cœur de Mère : et quand on voit les choses avec les yeux et le cœur d'une mère, le présent perd de sa pesanteur, de son ambiguïté, de ses polyvalences, et devient simplement l'annonce d'un avenir : car les mères portes et nourrissent la vie, et la rendent jeune, belle et resplendissante.

Marie connaît et entoure de sa tendresse maternelle chacun d'entre nous. Oui, qui que tu sois, Marie t'aime, simplement parce que c'est toi et parce qu'elle est ta mère, la mère que Jésus te donne.

En nous accueillant ce jour dans sa maison, Marie voit dans le cœur de chacun les germes de charité, de foi et d'espérance. A ces germes, et à notre foi qui souvent est si faible, la Vierge Marie, dans sa bonté, y ajoute le don de sa maternité : notre foi grandit, notre espérance devient plus vibrante et notre désir de bonté et de charité plus clair et plus décidé. Nous apprenons d'elle, de la Mère, qu'en tant que ses fils nous devons tous nous aimer comme des frères et rendre témoignage au Seigneur Jésus.

Mais si cela est vrai, il est vrai aussi que des désirs naissent à l'intérieur de nous-mêmes et des prières jaillissent dans notre cœur. Nous voudrions alors dire à Marie que sa présence parmi nous a déjà porté du fruit au moins comme une petite graine, comme une semence et comme une promesse d'un futur meilleur, plus digne d'elle et de son Fils et aussi, somme toute, comme promesse d'une vie plus digne de nous qui sommes, parle Christ, sauvés et présentés au Père comme des fils.

Si Marie nous rappelle donc continuellement miséricorde et amour, nous, que pourrions-nous faire d'autre si non de devenir pour nos frères un signe de l'amour et de la miséricorde de Dieu ? Jour après jour, notre capacité d'être de tels signes sera le critère d'évaluation de notre progrès dans la vie chrétienne. Car plus on se convertit, plus on devient miséricordieux, "transparence" de l'amour de Dieu, présence qui annonce dans le monde le grand mystère de la foi.

Enfin, en contemplant aujourd'hui Marie, nous sommes invités à réfléchir. "Vocation" signifie l'entrée de Dieu dans notre vie : nous devons lui faire la place afin qu'il y entre davantage ; "vacation" signifie encore être envoyés aux frères pour témoigner de lui, car Dieu ne vient pas pour se renfermer dans un sanctuaire, mais pour devenir le compagnon de voyage de chaque homme. Nous sommes donc appelés à nous remplir de Dieu et à aller sur les routes annoncer l'Evangile en témoignant de son amour.

N'oublions pas que quand Dieu appelle il met en nous des forces que lui seul peut faire émerger. Saint Paul nous l'a rappelé : "Frères, nous le savons, tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour".

Pèlerins comme Marie et avec elle sur le chemin du salut, nous sommes insérés, nous sommes insérés dans le mystère de Dieu, dans une histoire où le Seigneur est le premier protagoniste, dans une aventure où nous sommes appelés à devenir les collaborateurs de Dieu pour le salut du monde.

Que l'exemple et la prière de Marie, Notre Dame de Bon Rencontre "venue dans le refuge visiter les hommes et leurs souffrances", nous y aident et conduisent. Amen

+ Mgr Renato Boccardo
   Secrétaire général de la Cité du Vatican

Publié dans Actualité

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