« Vous êtes sur Gap en ce moment ? »

Publié le par AS

« Vous êtes sur Gap en ce moment ? » C’est ainsi que s’est adressée aimablement à moi une dame rencontrée au hasard d’un déplacement dans les rues de Gap. Etonné par cette remarque, je lui réponds : «Pourquoi cette question ? Je suis l’essentiel de mon temps ici ». « Ah bon, me dit-elle, comme je vous ai vu à la télévision je croyais que vous étiez à Paris ». En effet, quelques jours auparavant, des émissions auxquelles j’avais participé durant l’hiver avaient été rediffusées. Pour cette dame, si elle m’avait vu à la télévision, c’était donc que je n’étais pas à Gap !
 

Mgr Jean-Michel di Falco à la Foire de Gap

Ce n’est pas la première fois que cette rumeur me parvient : « L’évêque n’est jamais là ». Cela est faux, je consacre en priorité mon temps au diocèse. « Il faut attendre pour obtenir un rendez-vous. » S’il n’est pas toujours possible de répondre rapidement aux demandes c’est tout simplement parce qu’elles sont très nombreuses. En revanche, les prêtres peuvent me voir quand ils le veulent. Ma table leur est ouverte tous les jeudis pour le déjeuner, ils leur suffit de prévenir le matin même de leur venue.  
 
On n’arrête pas une rumeur, en parler c’est même prendre le risque de l’amplifier. Je prends ce risque car cela mérite quelques explications.
 
D’abord, en lisant avec attention « Le Dauphiné Libéré » (je remercie au passage les correspondants locaux de rendre compte assez régulièrement de mes déplacements dans le département), en écoutant RCF Hautes-Alpes, on peut savoir où je me suis rendu, avoir connaissance des paroisses que j’ai visitées, des habitants des communes que j’ai rencontrés. On peut connaître mon agenda, qui est publié sur le site Internet du diocèse. Il le sera prochainement dans «Eglise dans les Hautes-Alpes ». 
 
Mais cela ne suffit pas, sans doute est-il nécessaire de rappeler les différents niveaux de responsabilité de la mission d’un évêque. Il y en a au moins trois : la première, celle de pasteur d’une Eglise particulière, «  Soyez les bergers du troupeau de Dieu qui vous est confié ; veillez sur lui, non par contrainte mais de bon cœur, comme Dieu le veut… » (1 P 5, 2) Pour moi, l’Eglise du département des Hautes-Alpes.

L’évêque est aussi membre du Collège épiscopal, c'est-à-dire la Conférence des évêques de France. « La collégialité affective fait de l’évêque un homme qui n’est jamais seul car il est toujours et continuellement avec ses frères dans l’épiscopat et avec celui que le Seigneur a choisi comme successeur de Pierre. » (Directoire pour le ministère pastoral des évêques. II, 12.) A ce titre, il est membre de commissions ou de conseils qui se réunissent régulièrement pour traiter de différentes questions à propos de la vie de l’Eglise. En ce qui me concerne, les évêques m’ont élu président du Conseil pour la communication, d’où des réunions régulières à Paris ou ailleurs en France. Il y aussi les rencontres trimestrielles avec les évêques de la Province de Marseille. A cela s’ajoute, enfin, la dimension européenne qui nécessite également des rencontres entre évêques d’Europe.

L’évêque porte avec le Pape la responsabilité de l’Eglise universelle. «  Tous les Evêques, en tant que membres du Collège épiscopal et légitimes successeurs des Apôtres, de par l’institution et le précepte du Christ, sont tenus d’étendre leur sollicitude à toute l’Eglise. » (Pastores gregis, n.55) Je suis moi-même consulteur, c'est-à-dire conseiller du Conseil Pontifical pour les moyens de communications sociales, d’où des réunions à Rome ou ailleurs en Europe ou dans le monde.
 
Il y a aussi les visites que nous nous rendons entre évêques. C’est ainsi que nous avons eu la joie d’accueillir le cardinal archevêque d’Abidjan, Mgr Agré, l’évêque du Sahara algérien, Mgr Rault, l’évêque de Namur, Mgr Léonard. De mon côté, il m’arrive de répondre à l’invitation de l’un ou l’autre de mes frères évêques. C’est pour nous source d’ouverture et d’enrichissement spirituel dont nous faisons ensuite bénéficier l’Eglise dont nous avons la charge. C’est ainsi que je me suis rendu trois jours à La Martinique au cours du mois d’août pour représenter les évêques de France lors des célébrations suite au crash de l’avion qui a endeuillé de très nombreuses familles de l’Ile.
 
Quant à la présence dans les médias, elle fait aussi partie de notre mission. La radio, la télévision sont les chaires des temps modernes et du haut de ces chaires, nous avons à témoigner de notre foi en Jésus-Christ ressuscité. Dans une société où les médias occupent la place que l’on sait, les chrétiens n’ont pas besoin des médias pour exister mais ils en ont besoin pour être reconnus comme existants. Souvent, les émissions auxquelles on me demande de participer sont enregistrées à l’occasion d’un voyage à Paris pour une réunion.

Voici ce que déclarent dans le message final de leur rencontre les évêques d’Europe chargés des médias : « Les jeunes attendent de nous que nous n’ayons pas peur des médias  allons où nous ne sommes pas attendus, entrons dans l’arène quand l’Eglise est appelée à intervenir dans les débats de société et encourageons ceux qui le font. Une Eglise absente ou trop complaisante ne sera respectée ni par les médias ni par les jeunes. Elle doit être elle-même. » (Les évêques membres de la Commission Episcopale européenne pour les médias, à leurs frères évêques d’Europe - Varsovie, le 18 septembre 2005)

Certes, cela nécessite des déplacements longs, fatigants et difficiles lorsqu’on réside à Gap.  Les technologies modernes de communication (téléphone mobile, SMS, e.mail) me permettent de rester en permanence en lien avec le diocèse.

Un évêque n’est pas seul dans l’exercice de sa mission, il a à ses côtés un vicaire général, des collaborateurs clercs et laïcs en qui il a mis toute sa confiance. Il n’y a donc rien d’anormal à ce qu’il ne soit pas présent à toutes les réunions, toutes les rencontres et que dans certains cas, il soit représenté par l’un de ses collaborateurs qui le tiennent régulièrement informé.

Lorsqu’un père de famille est en déplacement, croyez-vous qu’il oublie pour autant son épouse, ses enfants ? Non, bien sûr. Ils sont toujours avec lui, comme s’ils l’accompagnaient.  Ils sont présents dans toutes ses pensées, dans son cœur et sa prière. C’est aussi ce que vit un évêque par rapport à son Eglise et au peuple qui lui est confié lorsqu’il s’en éloigne.

J’espère que ces quelques explications vous aideront à mieux comprendre les conditions dans lesquelles un évêque exerce sa mission pastorale et pourquoi il lui arrive d’être absent.

   + Jean-Michel di FALCO LEANDRI
       Evêque de Gap

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Fantomas 18/11/2005 20:20

Bravo !

E. de La Bourdonnaye 18/11/2005 15:16

Excellent article qui permet de bien comprendre l'emploi du temps de nos évêques et surtout de voir combien, avant tout et quoi qu'ils fassent par ailleurs pour l'Eglise, ils ont le souci du peuple qui leur est confié. La comparaison avec le père de famille est à méditer. Merci Monseigneur !

Jean-Pierre 18/11/2005 10:45

Merci !