Publication - L'évangélisation par les médias

Publié le par AS

Évangéliser par les médias dans une société sécularisé

 

Discours de Mgr di Falco devant le Conseil pontifical pour les Moyens de communications sociales (février 2003).

 

Avant d’aborder directement la question des médias et de l’évangélisation, sans doute est-il nécessaire de s’entendre sur le sens que nous donnons au mot « communication ». Il est de la vocation du chrétien de communiquer. Non comme un choix possible, mais parce que communiquer est l’essence même de l’Eglise.

L’Eglise est, de par son existence et selon la volonté de celui qui lui donne vie, communication. Elle est communication parce que communion. Ce sont les sacrements qui nourrissent cette communion et l’Eucharistie en tout premier lieu. Tout acte de communication qui ne vise pas la communion, qui n’y conduit pas est une perversion de la communication.

L’Eglise par vocation, ne peut être tournée vers elle-même, mais vers les autres : vers ceux que chaque chrétien côtoie tous les jours. Une Eglise « forteresse » serait infidèle à la vocation donnée par le Christ aux chrétiens.

Saint Pierre dit : « chacun d’entre vous doit être en mesure de communiquer l’Espérance qui est en lui, mais il le fera avec douceur et respect ».

 

La première évangélisation se vit et se fait dans et par la communauté. Une communauté qui n’évangélise pas, une communauté qui est sourde aux appels du Christ, est une communauté stérile, pour ne pas dire morte ! Dieu ne cesse de s’adresser à son peuple, d’appeler des jeunes et des moins jeunes au sacerdoce, à la vie religieuse. Comment expliquer que les communautés chrétiennes ne parviennent pas toujours à être le creuset dans lequel vont naître et grandir ses vocations ? Silence de Dieu ou surdité des hommes ? Chaque chrétien est un média de Dieu. Chaque communauté est un média de Dieu !

 

C’est d’abord en faisant découvrir aux chrétiens ce que doit être la communication au sein même de leur communauté, et plus largement au sein de la communauté ecclésiale, qu’ils seront encouragés à affronter généreusement le défi de l’évangélisation par les médias.

La qualité de la communication  externe est intrinsèquement liée à la qualité de la communication interne et donc au rayonnement de la communion de la communauté.

On ne peut être un témoin authentique que de ce que l’on vit.

 

La question de l’évangélisation par les médias vient en second lieu.

  

Quand Saint Paul arrive à Athènes, vers l’an 51, c’est pour annoncer à toute la ville le Christ ressuscité : il va directement parler sur l’aréopage qui est le lieu où tout le monde passe pour s’informer. L’aréopage aujourd’hui, la place publique des temps modernes, c’est la télévision, et déjà internet. Là aussi doit retentir la Parole de vie.

 

La présence de chrétiens dans l’univers des médias non confessionnels ne dépend pas uniquement de leur volonté. C’est plus dans les sollicitations qui leur sont adressées qu’ils peuvent répondre ou non. On peut le déplorer, mais c’est ainsi.

 

Que demande-t-on à un missionnaire qui doit se rendre sur une terre inconnue ? Il devra se familiariser avec la culture du pays où il ira vivre et apprendre la langue que l’on y parle. Les médias sont comme un nouveau continent à évangéliser…

Pour se préparer à être un bon communicateur, le chrétien doit être, en quelque sorte, un médiateur entre la Parole et le monde dans lequel il vit. « La Bible dans une main, le journal dans l’autre ». Connaître la Parole et connaître le monde, aimer la Parole et aimer le monde. Ce sont les conditions sine qua non ! La prière est également indispensable. En n’oubliant jamais que l’on n’est pas seul, et en se laissant habiter par l’humilité qui dicta ces paroles à Saint Bernadette : « Je ne suis pas chargé de vous le faire croire, mais de vous le dire ».

 

Dans une émission de télévision, sur une radio, l’essentiel est d’être ce que l’on est. On ne peut pas tricher ! Il importe de ne pas se situer en donneur de leçons. Il s’agit de partir de là où en sont les interlocuteurs, et si l’on souhaite les conduire plus loin, marcher à leur pas.  L’Eglise est à la fois faible et forte. Elle est faible des faiblesses des hommes qui l’incarnent en ce siècle, elle est forte de l’Esprit qui l’anime. Nous n’avons pas à nier cette réalité. Entre le petit David et le Grand Goliath, ce sera toujours le petit David qui attirera la sympathie. C’est lui qui est sortit vainqueur de la lutte.

 

Bien sûr lorsqu’on est invité à participer à une émission il y a des précautions à prendre. Quel genre d’émission ? Qui sera présent ? Qu’est-ce qu’on attend de nous ? Il y a des cas où il faut décliner l’invitation même si la politique de la chaise vide n’est pas la meilleure. Si l’on accepte, ne pas apporter des textes à lire, se montrer détendu, souriant, ne pas répondre à l’agressivité. A la télévision ce n’est pas tant ce que l’on va dire qui compte que la façon de le dire.

 

Le témoignage sera admis si le chrétien ne cache pas sa foi, et s’il témoigne sans arrogance : sans vouloir imposer quoi que ce soit autour de lui. Il s’attirera peut-être des sarcasmes, mais il le sait d’avance puisque le Christ l’en avertit dans l’Evangile ; et si cela arrive, ce sera la preuve que le chrétien est encore crédible. L’accusera-t-on d’intolérance parce qu’il vit de sa Foi, et qu’il en témoigne ? Cette accusation-là serait un non-sens ! L’intolérance ne consiste pas à témoigner de ses propres choix, mais à prétendre les imposer aux autres, ce qui est tout à fait différent. Si l’on devait se mettre à considérer comme « intolérance » le simple fait d’émettre un désaccord, alors notre société installerait l’intolérance au nom de la tolérance, ce qui serait un paradoxe.

Si le monde médiatique se comporte comme un magistère, s’il édicte les normes du bien et du mal, c’est lui qui devient intolérant : d’autant plus qu’il se substitue à tous les autres magistères.

 

L’Eglise doit-elle posséder ses propres médias ? Des journaux diocésains, des radios, des sites internet, aujourd’hui une télévision…. Je n’aurai pas la prétention de trancher dans un tel débat, puisque débat il y a. Mais je ne vous surprendrai pas en vous disant que, pour moi, dans le paysage actuel, la réponse est oui ! Pardon de me citer moi-même. J’ai écrit il y a plus d’une dizaine d’années, que les cathédrales du 21e siècle seraient médiatiques… Je persiste et je signe. Il est tout aussi important aujourd’hui de créer un média, tel qu’une radio ou une chaîne de télévision, que de construire une Eglise. Il ne s’agit pas de relever un défi, mais d’accomplir un devoir.

 

La communication ne va cependant pas régler tous les problèmes. La place qu’elle occupe dans notre société contraint l’Eglise à en tenir compte et à voir comment elle peut mieux témoigner de Jésus-Christ. La communication permanente n’est pas la panacée. Pour l’Eglise, il ne s’agit pas seulement de donner des informations, mais aussi de répondre à la mission qui est la sienne, être témoin de la « bonne nouvelle » de l’Évangile, dans une société où l’on parle surtout des mauvaises nouvelles. 

 

      X Jean-Michel di FALCO LEANDRI

                            Évêque auxiliaire de Paris

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