Publication - Lettre à Dieu

Publié le par AS

Cher Dieu,

  

Il nous arrive à tous d’employer cette expression en parlant d’un parent, d’un ami : « Il n’est pas bien dans sa peau ! »

Parfois, je me m’interroge sur ma relation avec toi. Oui, cela peut t’étonner, mais je me demande si toi, Dieu, tu es bien dans ma peau.

 

C’est pourquoi je t’adresse cette lettre. L’avantage avec toi, c’est qu’aussitôt écrite, elle te parvient. Peu importe les grèves des postes ou les problèmes techniques de la messagerie Internet. Pour la réponse en revanche, c’est une autre affaire. Elle me parvient toujours, mais je ne sais pas sous quelle forme, à quel moment, par qui ? Il  est parfois difficile de la décoder.

Je te reproche ton silence alors qu’à tous les coups  c’est moi qui suis sourd.

Alors es-tu bien dans ma peau ?

As-tu assez de place ? Souvent, je peux l’avouer, j’ai bien le sentiment de prendre tout l’espace. Je m’étale confortablement dans ma routine, mes habitudes, mon égoïsme, ma médiocrité, au point d’oublier que tu cohabites avec moi !

Je n’ose parler des jours où je suis fâché contre toi, où des mots de colère et de reproche brûlent mes lèvres. Il y a tant de pourquoi qui sont sans réponse !

Je dois t’avouer que dans ces moments-là, je ne suis pas fier. Alors, je feins de  t’ignorer, de ne pas te connaître !

 

Par bonheur ça n’est pas toujours ainsi. Il y a les jours où j’aime te laisser toute la place. Alors je me fais tout petit, pour que chez moi, dans ma peau, Tu sois vraiment chez toi. Je suis heureux quand tu n’es pas à l’étroit dans une peau étriquée, mesquine, une peau de chagrin.

Les moments que j’appréhende le plus, c’est lorsque je doute de toi, comme si tu étais sourd à mes appels, parti ! Je me sens tout seul, dans ma peau un grand vide. Je te cherche et je ne trouve pas.

Ce sont des heures de grandes tristesses.

Cependant, je ne les regrette pas tout à fait ces heures de doute. Une fois mon trouble passé, je suis si heureux de te retrouver, d’avoir la certitude que tu es toujours là, fidèle, comme d’habitude. Je dois reconnaître que c’est moi qui m’étais éloigné de toi. J’aime ce moment où tu m’accueilles. Les mots que j’avais préparés pour habiller nos retrouvailles tu ne me laisses pas le temps de les exprimer. Ton regard me suffit et moi je cherche le tien.

 

Ah si je parvenais à m’aimer comme tu m’aimes ! C’est toi qui a dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Comme toi-même !

C’est si bon lorsque nous conversons tous les deux, simplement, presque familièrement, comme deux vieux amis, comme deux êtres qui s’aiment et partage le même toit. Je ressens le réconfort que m’apporte ta présence, ta lumière, ta paix.

 

Tu es là, dans cette vieille peau que j’ai parfois tant de mal à traîner ! Si seulement je pouvais, ne serait-ce qu’un instant, l’oublier sur un clou, telle une vieille guenille… Mais toi, c’est cette peau-là que tu viens habiter avec moi.

 

Sais-tu, bien sûr que tu le sais ! Sais-tu que plus je perçois ta présence et plus je crois devenir un peu toi. Ne t’inquiète pas pour ma modestie, j’ai dit un peu, juste un peu car c’est toi qui agis par moi !

 

Dans ces moments là, tu peux me croire, je suis enthousiaste parce qu’alors je sais que tu es bien dans ma peau.

 

                                      X Jean-Michel di FALCO LEANDRI

                                          Evêque auxiliaire de Paris

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