Intervention de Mgr Jean-Michel di Falco, membre de la Délégation dobservation du Saint-Siège, dans le cadre de la commission Communication et Information de la XXXIIème session de la Conférence générale de lUNESCO
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
La curiosité ma poussé à aller consulter « le dictionnaire historique de la langue française » au mot «communiquer». Il est dit notamment, que ce mot a été emprunté vers 1370 au latin communicare et quil signifiait alors : « avoir part, partager ». Puis je suis allé voir le mot « communication » dont la définition est : « mise en commun, échange de propos ». Le mot communication a été introduit en français avec le sens général de « manière dêtre ensemble » et envisagé dès lancien français comme un mode privilégié de « relations sociales.»
Il sagit là du sens originel de ces mots et non celui quils ont pris au cours des siècles et tout particulièrement avec lessor quils ont connu dans le domaine de la publicité et des médias.
Si jintroduis mon intervention par ce petit rappel étymologique, cest pour dire ma grande satisfaction de constater que la réflexion entreprise par lUNESCO, au cours de cette Conférence générale, est plus proche de la richesse du sens originel de ces mots que de la dérive que leur font connaître de nos jours la publicité et les médias.
Jéprouve la même satisfaction en relevant la distinction qui est faite dans les documents de travail entre la communication et linformation. Il y a fréquemment confusion entre ces deux mots. Or, contrairement à ce que nous entendons dire communément, nous ne vivons pas vraiment dans une société de communication. Nous sommes dans une société de sur-information, pour ne pas dire de "matraquage" dinformations, tandis que les citoyens sont entretenus dans lillusion de vivre dans une société de communication.
Il y déjà plusieurs années, Simon Nora et Alain Minc parlaient de « la surabondance des signes qui saccompagne de la pauvreté des sens. » Et une sociologue, Ithiel Sola Pool dajouter : « Nous sommes submergés par un torrent de communication, et pourtant nous entendons partout les gens se plaindre dun manque de communication ( ) les citoyens regardent la télévision, lisent les journaux, écoutent la radio, mais sils écoutent, ils ont limpression de ne pas être écoutés. »
Dans le passé, lorsquun citoyen se rendait sur laréopage ou la place publique pour sinformer sur la vie de la cité, il recevait ces informations en même temps que dautres citoyens. Cela lui permettait de les commenter, de prendre du recul, dentendre des points de vues divers et différents des siens.
Aujourdhui, il ne va plus vers les autres mais se retire dans sa maison pour se retrouver seul devant son écran de télévision ou dordinateur. Nombreuses sont les voix qui sélèvent pour exprimer leurs inquiétudes face au clonage humain, mais pour ce qui est de ce que je nhésite pas à appeler « le clonage de la pensée » nous sommes devant un silence abyssal.
Jajouterai volontiers que la dérive de la communication est née le jour où lon a commencé à traiter linformation comme un produit commercial. Dans ce cas de figure, ce nest pas informer le citoyen qui est recherché en priorité mais le profit.
Cest pourquoi, on ne peut que se féliciter de lemploi de lexpression : « société du savoir ». Les différents points abordés dans le grand programme V me semblent essentiels.
Pour sa part, le Saint-Siège a essayé danticiper plusieurs des principes quévoque le document :
· En premier lieu, il fournit aujourdhui des documents en ligne en six langues : italien, anglais, français, espagnol, portugais et allemand.
· Ensuite, le Conseil Pontifical pour les Communications sociales peut recevoir et répondre aux e.mails dans ces langues. Il a promu avant même le succès que connaît Internet la « ligne rouge informatique de lEglise en Amérique latine ». Il sagit dun réseau de données qui passe par Internet aussi bien pour relier entre elles et avec Rome les Conférences épiscopales en Amérique latine que pour relier entre elles les paroisses et les services diocésains.
Enfin, les documents dEglise sont aussi disponibles en ligne. Tout spécialement pour la commodité de ceux qui se trouvent dans les zones éloignées ou tropicales et qui sans cela nauraient pas accès aux bibliothèques ou aux librairies théologiques.
Le Conseil Pontifical pour les Communications sociales est heureux de constater que plusieurs des objectifs du document sont en accord avec lenseignement social de lEglise et quune mention spécifique est faite dans différents paragraphes à des principes moraux et éthiques.
Le Saint-Siège sassocie particulièrement à cette réflexion lorsquil exprime ses préoccupations face aux techniques modernes de communications par lintermédiaire du Conseil Pontifical pour les communications sociales. Je cite (1) : « Lune des (préoccupations) les plus importantes ( ) se réfère à ce que lon appelle aujourdhui le « fossé numérique », une forme de discrimination qui divise les riches des pauvres sur la base de laccès, ou du manque daccès, aux nouvelles technologies de linformation.
Les individus, les groupes et les nations doivent avoir accès aux nouvelles technologies afin de prendre part au bénéfice promis par le développement afin de ne pas rester encore plus en arrière. Il est impératif, je cite maintenant le Pape Jean-Paul II, « Il est impératif que le gouffre qui éloigne les bénéficiaires des nouveaux moyens dinformation et dexpression de ceux qui ny ont pas encore accès ne devienne pas une cause insurmontable dinjustice et de discrimination ».
X Jean-Michel di FALCO LEANDRI
Consulteur au Conseil Pontifical pour les
Communications sociales
(1) « Ethique et Internet » (Publication du Conseil Pontifical pour les communications sociales, Cité du Vatican, le 22 février 2002)


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