De la montagne à lescalier
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Chapelle Saint-Marcellin (Hautes-Alpes) |
Dans le département des Hautes-Alpes, les grands axes de circulation sont situés dans les vallées, des voies secondaires permettant datteindre les villages abrités sur les côtés des montagnes. |
Il nen a pas toujours été ainsi. Dans le passé, les cols étaient couramment franchis pour relier une vallée à lautre. Les randonneurs fréquentent la montagne autrement que les paysans dautrefois, du moins en Occident.
Avant, il était rarement question daller faire un sommet, même si lon passait sa vie dans un hameau au pied de la montagne. Aujourdhui, marche et escalade passionnent des milliers de personnes. Ceux qui vont toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus raide, nourrissent limagination, rapportent des images et des récits qui nous mobilisent pour des expériences que nous espèrons fortes et enrichissantes.
Depuis toujours, ces aventures physiques et sportives sont le support dune démarche plus intérieure : désir de nourrir son regard de la beauté des paysages, besoin de sensations extrêmes pour aller au bout de soi même, souhait de vivre des rencontres avec des personnes dautre culture, quête du divin
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Célébration de la messe à Chargès (Hautes-Alpes) le 14 juillet 2004 avec le Père Félix Caillet |
Certains vont bien loin et dépensent beaucoup pour assouvir ce désir. Avec le risque de ne jamais le combler, de sengager dans une fuite en avant pour consommer de la rencontre, de la sensation, de lexotisme religieux ou du dépaysement.
Les mystiques, dans toutes les religions, savent la force de cette expérience intérieure, de cette ouverture du cur au milieu des montagnes. Ils ont dailleurs su habiter lespace en bâtissant monastères et ermitages à lombre des sommets, dans des lieux où le regard qui sélève, élève lâme et ouvre à la contemplation.
Bien des rencontres de Dieu, dans la Bible, se passent sur des montagnes, lieux dexpériences majeures, de Moïse à Elie jusquà Jésus et ses apôtres.
Et les spirituels nont jamais oublié que la montagne était une parabole de lespace intérieur de la personne humaine. Le chemin de vie de chacun, la quête de bonheur ou dabsolu, lexpérience de la souffrance ou de leffort sexpriment avec des mots empruntés à la marche en montagne ou à lascension. Il en est ainsi des Psaumes comme de saint François dAssise ou de sainte Thérèse dAvila.
Cependant « pour qui cherche Dieu comme Moïse, un escalier peut tenir lieu de Sinaï » rappelle Madeleine Delbrêl ; manière dindiquer que lhumble quotidien offre largement de quoi avancer dans la vie intérieure. Que lon soit valide ou handicapé, les véritables sommets de lamour sont atteints par cette qualité de vie où lon essaie dacclimater, au jour le jour, les grands élans de la Bible : où lon sengage totalement pour aimer, travailler, lutter même, sans étouffer en soi la capacité à rêver, à prier, à contempler.
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"Les spirituels nont jamais oublié que la montagne était une parabole de lespace intérieur de la personne humaine"... (Couleau, Hautes-Alpes) |
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Si lappel au bonheur de Jésus a été lancé un jour passé sur une montagne de Galilée, il continue de retentir aujourdhui au long des escaliers qui conduisent, ici à une salle de classe, là à une chambre dhôpital, ailleurs à une cuisine ou à un bureau. Lessentiel est que celui qui marche en ces lieux, vous et moi, sache que ce quil vit est unique et important. Lessentiel est de savoir que le bonheur y est déjà offert, sans compter, par le Christ qui grimpe à nos côtés.
Père Jean-Pierre Oddon, curé d'Embrun





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